Le 2 février évoque pour certains l’odeur sucrée de la pâte à crêpes, pour d’autres, l’apparition d’une petite marmotte. La Chandeleur en France et le Groundhog Day aux États-Unis se partagent la même date calendaire, mais traduisent de manière différente le rapport au temps, à l’attente et au collectif. Au-delà du folklore, ces rituels reflètent les sociétés qui les célèbrent.
La Chandeleur, entre liturgie et gourmandise
En France, la Chandeleur se célèbre depuis le Moyen Âge, quarante jours après Noël, pour commémorer la Présentation de Jésus au Temple. Son nom latin, Festa Candelarum, évoque les chandelles portées lors des processions, symboles de lumière et de protection au cœur de l’hiver. Rapidement, cette fête religieuse s’est enrichie d’une tradition culinaire : la crêpe, ronde et dorée, devenue emblème du soleil et de la prospérité. Selon une vieille superstition, faire sauter la crêpe en tenant une pièce dans l’autre main attirerait richesse et bonne fortune pour l’année à venir.
« Ma crêpe préférée est celle à l’huile d’olive, au lait d’amande maison et aux zestes d’agrumes »
Patricia Catenne, cheffe à domicile
Aux États-Unis, la Chandeleur reste une pratique marginale. Dans certaines communautés francophones, notamment en Louisiane, des crêpes continuent toutefois d’être préparées à l’occasion de Candlemas. Les expatriés bretons ne sont pas en reste, BZH New York organise cette année sa Chandeleur dans les locaux de l’Alliance New York en collaboration avec Accueil New York, tandis que certains chefs français introduisent cette tradition dans les cuisines américaines, transmettant ainsi un morceau de patrimoine culinaire français.
« Dans mon expérience, seuls les Français de New York connaissaient la Chandeleur. Mes clients l’ont expérimenté car je leur apportais cette tradition dans leur cuisine…. Qui n’aime pas les bonnes crêpes ? » explique Patricia Catenne, cheffe à domicile française, ayant vécu dix-sept ans à New York. Et de rajouter, « je célébrais la Chandeleur aux États-Unis, avec mes amis, avec mes clients. Je leur expliquai les origines de cette fête et nous faisions sauter nos crêpes. »
Groundhog Day, la marmotte au centre de la prévision
Aux États-Unis, le 2 février est marqué par le Groundhog Day, une tradition populaire née des communautés germano-américaines. Selon le rituel, la marmotte Punxsutawney Phil sort de son terrier pour observer le ciel : si elle aperçoit son ombre, l’hiver se prolonge de six semaines, sinon le printemps arrive plus tôt. Cette cérémonie, entre superstition et spectacle, attire chaque année des milliers de curieux en Pennsylvanie.

Ses origines remontent aux immigrants allemands du XIXᵉ siècle, qui observaient des animaux hibernants, principalement des hérissons , pour anticiper la fin de l’hiver lors de Candlemas. Dans le Nouveau Monde, la marmotte a remplacé le hérisson comme oracle météorologique. Le Groundhog Day est ainsi devenu un rituel local, mêlant superstition et spectacle collectif : discours, musique et festivités accompagnent la sortie de Phil, donnant à cette tradition un caractère social et communautaire.
« La plupart de mes clients américains ou connaissances associent toujours les crêpes à une délicieuse spécialité culinaire, bien ancrée dans leur pays à présent, mais à ma connaissance, très peu l'associent à une tradition culturelle. »
Patricia Catenne, cheffe à domicile
« Si le temps est clair, l’hiver se prolonge de six semaines et il faut patienter avant de planter ses légumes ; si le temps est maussade, le printemps arrive plus tôt », explique Patricia Catenne. « Pour moi, l’origine du Groundhog Day est culturelle, tandis que celle de la Chandeleur relève des traditions religieuses. Avant les crêpes, il y avait les bougies. Nous avons gardé la dimension ludique de ces croyances : la crêpe, symbole du soleil, représentait la lumière. Si on la faisait sauter avec une pièce dans la main, elle attirait la richesse. La première crêpe n’était pas destinée à être mangée : on la plaçait en haut d’une armoire et on n’y touchait plus avant l’année suivante, comme porte-bonheur. » rappelle-t-elle.
Bill Murray et l’icône culturelle
La notoriété mondiale du Groundhog Day doit beaucoup au film Un jour sans fin (Groundhog Day, 1993). Dans cette comédie réalisée par Harold Ramis, Bill Murray incarne un présentateur météo qui revit inlassablement le même 2 février à Punxsutawney.
Le film a élevé la marmotte locale au rang de symbole culturel universel et popularisé l’expression « Groundhog Day » pour désigner une situation répétitive ou sans fin. Grâce au cinéma, ce rituel, d’abord ancré dans une tradition locale, a acquis une dimension internationale.
Deux manières de vivre le temps
La Chandeleur et le Groundhog Day reflètent deux visions contrastées du temps et du collectif. En France, la crêpe symbolise le retour de la lumière après l’hiver et se partage entre proches, ancrant la fête dans l’instant et la convivialité. Aux États-Unis, la marmotte devient le centre d’un rituel d’anticipation et d’observation, mêlant spectacle et superstition, qui rassemble communautés et curieux autour d’une tradition populaire.
« Pour moi, les traditions se respectent. Dans le monde d’aujourd’hui, Groundhog Day n’a pas plus d’importance que la Chandeleur, sauf dans le cœur de ceux qui connaissent ces traditions, en font des opportunités de se retrouver, pour un moment de partage, de fête dans une période de l’année ou le froid et le manque de soleil nous affectent. Différentes croyances, même résultat. De bons moments passés ensemble qui nous ramènent à nos racines et nous réconforte » souligne Patricia Catenne.
Au-delà des crêpes et des marmottes, ces rituels disent quelque chose de la manière dont les sociétés affrontent l’hiver et le temps qui passe. L’un se joue dans l’intimité d’une cuisine, autour du plaisir partagé et de la lumière symbolique ; l’autre s’expose au regard de tous, transformant superstition et tradition en spectacle collectif. Entre tradition religieuse, superstition et transmission culturelle, ces journées révèlent la capacité des communautés à créer des moments de rassemblement et de joie, même au cœur des jours les plus froids de l’année.
Quel que soit le côté de l’Atlantique, le 2 février, les enfants continuent de se réjouir…
Auteur/Autrice
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Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.
Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.
Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.
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