La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) constitue un outil central pour les Français établis hors de France. Ayant travaillé plus de vingt ans dans l’assurance santé internationale, je mesure à la fois la spécificité et la valeur de ce modèle. Il permet de conserver un lien avec la protection sociale française, sans sélection médicale et avec la prise en charge des pathologies préexistantes. Ce principe de solidarité répond à un besoin réel et doit être préservé.
Toutefois, plusieurs travaux récents, notamment ceux de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires sociales, ont mis en évidence des déséquilibres structurels. La branche santé est confrontée à une sous-tarification ancienne et à un déficit d’exploitation récurrent. Dans le même temps, les coûts de santé à l’international connaissent une progression rapide, ce qui accentue les tensions financières.
Dans ce contexte, la question n’est pas de remettre en cause le principe de solidarité, mais d’en assurer la viabilité. Cela suppose d’adapter certains paramètres du modèle. L’encadrement des adhésions tardives, lorsque les besoins de soins sont déjà élevés, constitue un premier levier. Il pourrait passer par un questionnaire médical ou par des mécanismes de plafonnement de la prise en charge.
Les coûts de santé à l’international progressent aujourd’hui de plus de 10 % par an. Afin de préserver l’équilibre technique du système, des mécanismes de reste à charge, franchises ou coassurance, pourraient également être envisagés.

La vocation à accompagner les publics les plus fragiles
Une partie des déséquilibres actuels tient aussi à des contrats anciens, historiquement sous-tarifés, qui continuent de peser sur les comptes. Une convergence progressive vers des niveaux de cotisation plus en phase avec les coûts réels, tout en tenant compte de la situation financière des assurés, apparaît nécessaire.
Le soutien public a vocation à accompagner les publics les plus fragiles. Il ne peut toutefois constituer une solution durable en l’absence d’un rééquilibrage du modèle. Une réforme structurelle est donc indispensable.
Par ailleurs, la CFE évolue dans un environnement de plus en plus technique et concurrentiel. Le renforcement de sa gouvernance, en associant à la représentation des assurés des compétences en assurance, en gestion des risques et en développement économique, pourrait contribuer à améliorer son pilotage.
Enfin, le développement de contrats collectifs d’entreprise constitue un levier important pour renforcer la mutualisation et consolider les équilibres financiers. Il s’agit d’un marché important que la CFE a progressivement perdu. Il convient désormais de mettre en place des solutions adaptées, notamment en s’appuyant sur des partenariats avec des acteurs privés innovants disposant d’une expertise technique et opérationnelle.
Préserver la CFE implique ainsi d’engager des ajustements mesurés et progressifs. L’objectif demeure de garantir aux Français de l’étranger une protection sociale accessible, adaptée et surtout durable.
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Benoît Larrouquis, né le 18 novembre 1969 à Pau, est un homme politique français. Il est député de la deuxième circonscription des Français établis hors de France (Amérique latine et Caraïbes) depuis le 13 novembre 2025, en tant que suppléant d'Éléonore Caroit, nommée ministre déléguée chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger















