Cartographie du nouveau monde

Cartographie du nouveau monde

Venus du soleil levant, bardés de costumes en métal, chevauchant des monstres effrayants, maîtres des éclairs et du tonnerre, cruels, avides, laids, des extraterrestres barbus sur peau morbide abattirent l’empire. Tout empire, au Mexique, au Pérou, en Asie et en Afrique, périra. La carte du monde changea à jamais. Celle des terres, plus encore celle des richesses,  de la puissance. Selon le PIB, l’Afrique est toute petite, l’Europe écrase la Russie. Ces dernières années, la Chine gonfle, bulle sur le point d’éclater, qui n’éclate jamais. Parce que ce monde industriel, qui évolue si vite, n’existe déjà plus. De nouveaux conquistadors ont débarqué, avec des métaux en silicium, des peaux en hologrammes, une avidité sans limite. Quelle humanité dessine la cartographie de ce nouveau monde ?

Le bitcoin remplacera les monnaies des vieux États endettés

En France, le créateur de Ledger, une licorne française, lance « The Bitcoin Society », persuadé que le bitcoin remplacera les monnaies des vieux États endettés, ceux des vieilles sociétés industrielles, avec leur vieille fiscalité qui financent de vieilles machines de guerre. « The Bitcoin Society », cotée en Bourse, s’adjoint une Network Society, réseau de réseaux au service des créateurs-entrepreneurs, liés par une charte de valeurs fondée sur la liberté. Leur conviction : les révolutions en cours changeront le monde, pour tous, plus vite qu’on ne le croit, par les entreprises et non par les États. Et ce mouvement, ouvert à tous, sera plus efficace que l’État providence. Soit, Musk s’est fourvoyé avec Trump, mais ses actionnaires ont validé son bonus de 1000 milliards, mais la Silicon Valley déborde Musk, Trump et ses successeurs. Elle va plus vite, plus loin, plus fort.

L’entrepreneur Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a officiellement lancé The Bitcoin Society, le 25 novembre 2025. Un projet hybride mêlant trésorerie en Bitcoin, réseau d’entrepreneurs et club premium. ©AFP
L’entrepreneur Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, a officiellement lancé The Bitcoin Society, le 25 novembre 2025. Un projet hybride mêlant trésorerie en Bitcoin, réseau d’entrepreneurs et club premium. ©AFP

Voilà un basculement qui change la conception même de l’État

Que les entreprises changent le monde, on le savait avant le moulin à vent. Qu’ils influent sur les pouvoirs, aussi. Qu’ils deviennent des concurrents des États, comme le firent les banquiers d’Amsterdam et de Gènes en créant les leurs, voilà un basculement qui change la conception même de l’État. Partout, surtout chez ceux qui n’ont pas de licornes (start-up de plus d’un milliard), puisqu’ils en seront plus dépendants encore.

Les États-Unis comptent plus de 1600 licornes, la Chine 400, le Royaume-Uni 170, l’Europe 150 (dont la France, 54). 110 licornes en Israël comme en Inde. Sur cette carte, si la Palestine n’existe pas, l’Égypte, non plus. L’Arabie l’a compris. Israël investit 6% de son PIB dans la recherche, l’Inde, 0,6%. 10 millions d’habitants d’un côté; 1,4 milliard de l’autre. La démographie compte peu dans la puissance, sinon le Grand Moghol aurait été vice-roi d’Angleterre. L’Indonésie, le Bengladesh, le Nigeria, existent-ils sur cette carte des puissances, celle des inégalités futures ?

Le pouvoir chinois craint toute entreprise qui pourrait le concurrencer : Huawei, Tencent, Alibaba restent sous surveillance du PCC. Les grandes entreprises chinoises émigreraient si elles le pouvaient. Les cerveaux le font. Les patrons de la tech sont des immigrés, comme Jensen Huang, chinois de Taïwan, patron de Nvidia.

Photo illustration ©Stockadobe
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La Russie, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, disparaissent.

Première entreprise mondiale, NVIDIA, valorisé 5000 milliards de dollars, n’existait pas il y a trente ans. Les entreprises de la tech américaines pèsent trois fois celles de la Chine. L’Europe court derrière, elle court quand les autres décollent, mais elle existe. La Russie, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Amérique latine, disparaissent. Certes, ils pourront toujours faire la guerre, entre eux.

Le nouveau monde a besoin d’énergie. La Chine a mis la main sur les panneaux solaires et les batteries. Les dix premiers fabricants mondiaux sont en Asie, six sont chinois. BYD, le constructeur chinois de voitures électrique construit plus de voitures que toute l’industrie allemande. Mais l’industrie automobile chinoise, dopée par les subventions, comme l’immobilier est au bord de l’implosion. C’est la finance qui fabrique l’acier, le béton et le silicium. Que devient le PCC, le monde, avec une crise financière chinoise ?

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C’est la finance qui fabrique l’acier, le béton et le silicium.

Derrière la Chine et les États-Unis, l’Europe. Elle reste un pôle d’innovation et de recherche. Elle reste surtout un pôle de stabilité et de sécurité. L’Inde peut imploser, Israël s’autodétruire. Ce pôle de stabilité est attaqué, de l’extérieur, mais surtout de l’intérieur, notamment par la Russie, qui est devenu le proxy de la Chine.

Le modèle chinois est aux antipodes de celui des États-Unis. Le basculement géopolitique se fera par le poids de l’Europe. Si elle éclate, le poids, ou contrepoids, disparaît. Les percées des technologies, des start-up, de l’intelligence artificielle, dépendent (comme à Amsterdam et Gênes au 16eme siècle) des nouvelles ingénieries financières. L’Europe a besoin d’une bourse, d’un marché des capitaux, de systèmes financiers innovants de fonds de pension. Ce sont eux qui mutualisent les risques, ce qui permet l’innovation.

Les percées technologiques dépendent des nouvelles ingénieries financières.

Le système chinois est bancal. Le contrôle du parti empêche le développement autonome des entreprises, vues, à juste titre, comme des centres de pouvoir qui pourraient devenir indépendants.

La transformation interne du monde des entreprises n’en est qu’à ses débuts. Les entreprises de la tech appartiennent en grande partie à leurs employés, pas seulement à leurs fondateurs. Dans les startups américaines, les plans d’actions attribués aux employés peuvent représenter 20 % à 25 % du capital (21 % pour Microsoft, 31 % pour Apple.) 18% des employés américains possèdent une participation au capital de leur entreprise. En Europe, seulement 3%. En Chine, zéro. 30 millions de salariés actionnaires aux États-Unis, environ 9 millions en Europe.

Les entreprises de la tech appartiennent en grande partie à leurs employés.

Le salariat, symbole du monde de l’usine, ne permet plus de véritable ascension sociale. Si l’économie n’est pas inclusive, elle se développe peu. Elle l’était par la consommation, alimentée par la dette des États-Providence, elle le sera par le partage de la création de valeur.

La révolution digitale change la consommation, le travail, l’enseignement, la production, la communication, la guerre. Elle change aussi la monnaie, l’identité civile, les modes de décisions et les centres de décisions, les modes de pensée.  Elle bouleversera vite les centres de gravité internes et externes, des États ; les champs magnétiques qui aimantent les populations. La cartographie du monde s’anime en nouveaux reliefs. Sa carte mentale en premier.

« Si la culture a un sens, c'est très simplement la noblesse du monde. »

Pour résister aux conquistadors, ne pas les prendre pour des dieux, ni pour des imbéciles, s’équiper de silicium, comme eux. « Ou bien l’ensemble des usines de rêve (cinéma, radio, littérature, etc.) rendra l’humanité asservie aux puissances qui sont derrière ces rêves, ou bien l’humanité choisira dans ce qui a survécu sa part la plus haute, parce que, si la culture a un sens, c’est très simplement la noblesse du monde. » Malraux, Québec, 1963. Comme quoi, la question du pouvoir est toujours celle de la tête, casquée, de fer rouillé ou de silicium.

Laurent Dominati

a Ambassadeur de France

a Député de Paris

a Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app de paiement dédiée aux Français de l’étranger France Pay

Laurent Dominati

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