Boycott de la Coupe du monde 2026 : entre sport et politique

Boycott de la Coupe du monde 2026 : entre sport et politique

À quelques mois du coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2026, co‑organisée par les États‑Unis, le Canada et le Mexique, un débat inhabituel s’installe dans certaines sphères politiques et médiatiques : faut‑il boycotter cette compétition mondiale ? Si l’idée peut paraître marginale au premier abord, elle reflète des fractures profondes au sein de l’opinion publique et des élites européennes autour de l’intersection entre sport et politique internationale.

Une compétition déjà sous haute tension

La Coupe du monde 2026  se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 dans 16 villes réparties sur trois pays d’Amérique du Nord, dont une large majorité de matchs sur le territoire des États‑Unis. Cet événement, qui promet des retombées économiques considérables, estimées à 47 milliards de dollars , est présenté par la FIFA comme une célébration mondiale du sport et de l’unité internationale.

« Le problème n’est pas vraiment le boycott (…) Le vrai souci, à mon sens, réside dans des erreurs de la FIFA dans l’organisation »

Cependant, plusieurs éléments extérieurs au football ont contribué à faire de cette édition l’une des plus controversées de l’histoire récente. Parmi ces éléments, la politique migratoire et internationale de l’administration américaine, des tensions diplomatiques autour de l’Arctique et de la question du Groenland et une décision de la FIFA qui a surpris la communauté sportive mondiale.

Pour Franck Bondrille, conseiller des Français de l’étranger en Floride et entrepreneur dans l’événementiel, la problématique ne se limite pas au boycott, mais à une question économique : « Le problème nest pas vraiment le boycott. Les véritables amateurs de football veulent avant tout venir soutenir leur équipe et ne se préoccupent guère de ces débats. Le vrai souci, à mon sens, réside dans des erreurs de la FIFA dans lorganisation : la compétition a été mal commercialisée auprès des fournisseurs américains, qui ne comprennent pas toujours son fonctionnement. Les hôtels, quant à eux, se sont retrouvés piégés en proposant des chambres à des tarifs exorbitants. Le problème majeur aujourdhui, cest le coût : beaucoup de fans estiment ne pas pouvoir se déplacer, tant les prix sont élevés. Pour suivre l’équipe de France sur les trois premiers matchs, il faut par exemple débourser au moins 7 000 euros. »

Juillet 2018 - Vieux Port de Marseille
Juillet 2018 - Vieux Port de Marseille @Matthieu Joanon Unsplash

Et de rajouter : « Franchement, le fan de football nen a rien à faire du boycott. Il veut simplement voir son équipe jouer. Sil na pas les moyens, il ne pourra pas y aller. À mon avis, il sagit surtout dun problème financier et non dun boycott. Beaucoup de nos partenaires en France nous le confirment : ce sont les prix qui posent problème, et, selon moi, le principal responsable, cest la FIFA. »

Un « Prix de la paix » qui divise

Le 5 décembre 2025, lors du tirage au sort officiel de la Coupe du monde à Washington D.C., la Fédération internationale de football (FIFA) a décerné pour la première fois un « Prix de la paix » à Donald Trump. Cette nouvelle distinction, créée par la FIFA, est censée récompenser des « actions exceptionnelles pour la paix et lunité ».

« Lier politique et sport est une erreur ! »

Gianni Infantino, président de la FIFA, a défendu cette décision avec force, affirmant que Trump « méritait » ce prix et que le rôle du football était de rassembler au‑delà des divisions politiques.

Pour Franck Bondrille, cette initiative illustre les risques de lier politique et sport : « Le prix de la paix décerné par la FIFA à Donald Trump me semble avant tout destiné à soigner son image aux États‑Unis et à gagner son appui. Mais lier politique et sport est une erreur : chaque fois que cela a été fait, cela a engendré des problèmes. Ce sont deux domaines qui devraient rester distincts. »

Cette initiative a déclenché une vague de critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux : pour plusieurs observateurs, elle incarne une vision politisée du football là où l’institution sportive revendique traditionnellement sa neutralité. Certains anciens dirigeants du monde du football ont condamné le geste, arguant qu’un prix de paix ne devrait pas être associé à un chef d’État controversé.

Des appels au boycott émergent

Dans ce contexte, des voix appelant au boycott de la Coupe du monde se sont fait entendre, surtout en Europe. Si ces appels ne constituent pas une mobilisation organisée ni soutenue par des gouvernements, ils ont trouvé un certain écho sur les réseaux sociaux, au sein de plateformes militantes et dans quelques cercles politiques.

Coupe du monde
Coupe du monde

Un site web, Boycott USA 2026, se présente comme un point de rassemblement pour ceux qui souhaitent encourager une pression citoyenne en faveur d’un boycott de la compétition. Le site met en avant les politiques migratoires américaines, les tensions internationales et des préoccupations liées à la sécurité des supporters internationaux comme motifs de protestation contre la tenue de matchs sur le sol américain.

Sur Reddit et d’autres forums en ligne francophones et anglophones, des discussions appellent à éviter les déplacements vers les États‑Unis pour voir des matchs, voire à envisager que les équipes européennes n’y participent pas du tout. Ces messages, souvent fortement polarisés, pointent du doigt l’administration américaine et la proximité affichée entre Donald Trump et la FIFA comme autant de raisons de désengagement.

Là encore, Franck Bondrille nuance : « Au sein de la communauté française de Floride, le boycott nest jamais évoqué. Bien au contraire, cette Coupe du monde suscite un véritable enthousiasme aux États‑Unis. Ce sont principalement les Français dici qui achètent dores et déjà des places et des forfaits pour suivre l’équipe de France, bien davantage que les Français de lHexagone, pour qui la proximité facilite laccès et en réduit le coût. »

Positions officielles : du scepticisme au rejet du boycott de la coupe du monde 2026

Malgré la visibilité grandissante de ces appels, les positions officielles restent claires et largement opposées à un retrait de la compétition.

En France, la ministre des Sports, Marina Ferrari, a insisté sur l’absence de volonté gouvernementale de boycotter la Coupe du monde, appelant à maintenir une séparation entre sport et politique. Cette réponse, bien relayée sur les réseaux sociaux, reflète une ligne diplomatique qui privilégie l’engagement sportif même dans un contexte international complexe.

« Les sportifs n’ont rien à voir avec les décisions de Donald Trump »

De même, d’autres pays ont rejeté l’idée d’un boycott. En Allemagne, le gouvernement a indiqué qu’un tel retrait ne serait « pas la bonne approche », affirmant que les différends diplomatiques devraient être traités au niveau politique plutôt que par une mise à l’écart du sport. Au niveau de la FIFA, Gianni Infantino a fermement critiqué les appels au boycott, affirmant que ces actions risquent d’« alimenter davantage de haine » et que le football doit servir de pont entre les peuples, même en période de tensions politiques.

Pour Franck Bondrille, cette séparation est essentielle : « Je ne crois pas quil faille mêler la passion des spectateurs et le sport à la politique. Tous les quatre ans, cest un véritable plaisir pour chacun de suivre son équipe, de participer ou de regarder la Coupe du monde à la télévision. Les joueurs et les athlètes, eux, aspirent simplement à performer et à donner le meilleur deux-mêmes. Quelle que soit notre sensibilité politique, le sport doit rester un facteur de rassemblement. Cette édition, la première avec 48 pays et la représentation de tous les continents, se doit d’être une grande fête, un moment de convivialité et de partage. Les enjeux politiques devraient rester à distance : il est essentiel de ne pas instrumentaliser le sport à des fins politiques, et les sportifs nont rien à voir avec les décisions de Donald Trump. »

Des débats au‑delà des réseaux sociaux

Si une partie de ces discussions reste cantonnée aux médias sociaux et à certains cercles militants, elles ont aussi trouvé des relais chez des personnalités du monde du football. Par exemple, l’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter a publié sur les réseaux sociaux un appel aux fans pour qu’ils se tiennent à l’écart des matchs aux États‑Unis, citant des préoccupations liées à la politique américaine contemporaine.

Coupe du monde dans un sac de sport
Coupe du monde dans un sac de sport

Des voix politiques, notamment à gauche de l’échiquier en France, ont également évoqué la possibilité de pression sur la FIFA pour reconsidérer l’organisation des matchs sur le territoire américain ou envisager des alternatives. Ces prises de position soulignent que, même si elles ne représentent pas des majorités, ces critiques ne sont pas entièrement marginales.

Vers une mobilisation de masse  ?

Pour l’instant, aucune mesure concrète de boycott institutionnalisé n’a été adoptée par un pays ou une fédération majeure. Les instances dirigeantes du football et la plupart des gouvernements européens ont clairement fait savoir qu’ils entendent participer à la compétition. Dans une analyse récente, plusieurs spécialistes du sport estiment que les appels au boycott, bien qu’existants, sont peu susceptibles de provoquer un retrait généralisé des nations participantes. Rappelons qu’en 2022, la question de boycotter la Coupe du Monde organisée au Qatar avait été soulevée.

« Pouvoir accueillir l’équipe de France, qui figure parmi les favorites, est une véritable fierté, et nous espérons qu’elle ira le plus loin possible »

Franck Bondrille met ainsi en avant l’aspect symbolique et professionnel : « La Coupe du monde aux États‑Unis est symbolique pour moi. La dernière édition organisée ici remonte à 1994. Pouvoir accueillir l’équipe de France, qui figure parmi les favorites, est une véritable fierté, et nous espérons quelle ira le plus loin possible. Sur le plan professionnel, cet événement est également dune grande importance pour mon activité dans l’événementiel, et nous espérons en tirer une année fructueuse. Ce nest pas la première Coupe du monde sur laquelle je travaille, et normalement, à cinq ou six mois de l’événement, nous serions déjà complets, ce qui, pour linstant, nest pas le cas. »

Et Franck Bondrille de conclure : « Je vais assister aux trois premiers matchs de l’équipe de France à Boston, Philadelphie et New York. Ensuite, nous espérons que l’équipe ira plus loin et se qualifiera pour la suite de la compétition. Notre objectif est de gagner et doffrir une belle fête aux supporters. Et comme cela coïncide presque avec le 14 juillet, pouvoir célébrer les deux en même temps ce serait tout simplement magnifique. »

Auteur/Autrice

  • Rachel Brunet

    Rachel Brunet est une journaliste française installée à New York depuis 13 ans.

    Après un début de carrière dans la presse économique à Paris, elle a rejoint la presse francophone aux États-Unis.

    Elle défend une information rigoureuse et une analyse exigeante de l’actualité.

    Voir toutes les publications Journaliste
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire