Bonne année : tous les jours ce sera fête, ce sera Noël à Pâques, en été et à la rentrée d’automne. Demain, tout sera gratuit. Il suffit d’y croire. Par exemple l’électricité, c’est une fée. Avec le vent ou la fission, l’énergie, c’est cadeau. Ou presque : Avec des subventions ici et là, pour EDF, les éoliennes, la voiture ou la maison, l’État donne plus de 15 milliards d’aide. Et personne ne dit merci. Ingratitude énergétique ! Bon, l’État se branche aussi sur le courant. Par des taxes. C’est bien normal, il faut bien nourrir les rênes : 23 milliards. Bonne année, Père Noël !
« Ne mange pas trop Père Noël ; Ne mange pas trop Père Noël, Afin de pouvoir apporter tous nos jouets » chantent les enfants : « le père Noël avait un gros ventre, Par la cheminée, il fallait bien qu’il rentre ». Gros ventre, l’État Papa ?
Les Français dépensent 300 milliards par an pour l’alimentation. Là encore, le Père Noël veille. La PAC, l’aide alimentaire, les subventions aux cantines, les aides aux agriculteurs farcissent la dinde de 22 milliards. L’État l’a plumé un peu avant, avec des taxes minimes : 30 milliards. De quoi rester sur sa faim.
Pour passer par la cheminée, encore faut-il un toit. Cadeau le toit, les diverses aides et subventions au logement : 38 milliards (1). Une paille. La poutre, ce sont les 100 milliards de prélèvements (2) sur la maison. Du solide.
Pour être juste, l’État ne garde pas tout pour lui : 60 milliards vont aux collectivités locales. Elles en font des lumières et des sapins sur les ronds-points. Ne reste que 40 petits milliards pour l’État, alors qu’il en dépense 38 ! Autant dire qu’il y est presque de sa poche. Papa Noël s’est fait piquer sa hotte.
Pour 1 euro d’aide au logement, 2,6 d’impôts. Pour l’électricité, 1,70. Pour les transports, un euro pour les trains est compensé par les 5 euros que paient les voitures. Voilà qui est mieux.
À chaque cadeau, l’État encaisse. Un peu comme le loto. Aucune chance de gagner si vous ne jouez pas, mais quand vous jouez, le Loto gagne à tous les coups. Magie de Noël : Quand un Père Noël survient, surtout en campagne électorale, les yeux s’écarquillent. À la fin, ce sont les parents qui paient.
Chacun veut croire que c’est le voisin
Le riche paierait pour le pauvre, le propriétaire pour le locataire, l’industriel pour l’ouvrier, à moins que ce ne soit l’inverse. Eh bien non. C’est le système global qui paie. À moins d’en sortir, tout le monde paie. C’est ça l’État. C’est pas moi, c’est nous, c’est tous. Avec une perte en ligne, comme n’importe quelle organisation. Plus la machine est importante, plus il y a de frottement.
La bonne ingénierie consiste à simplifier les rouages. Pas si simple. Sur les 500 milliards d’euros (1) du budget de l’Etat, les dépenses d’intervention, transferts et aides diverses représentent la moitié. Reste l’autre moitié pour la machine, essentiellement des salaires (175Mds), la plus grande part dans les hôpitaux et l’enseignement. Le coût de fonctionnement net, les administrations centrales, ne pèse que 5%. Même proportion en Allemagne et dans les autres pays. Un État efficace, comme toute organisation, suppose une remise en cause permanente. L’État rigide, avec ses milliers de règlements, organise sa paralysie progressive.
(1) Le budget de l’État 500 milliards d’euros en dépenses nettes:
- Personnel: 175 Mds € (35 %) salaire et retraites.
- Fonctionnement courant : 65 Mds € (13 %) fournitures, bâtiments, chauffage, logiciels, matériel.
- Interventions (Transferts) : 210 Mds € (42 %). aides aux entreprises, APL, bourses, aides aux collectivités, PAC
- Dette : 50 Mds € (10 %)
Sur les 5,7 millions de fonctionnaires en France :
- État : 2,5 millions (dont 1 million à l’Éducation nationale) ;
- Hôpitaux : 1,2 million.
- Collectivités : 2 millions.
- Les fonctionnaires « en administration centrale » représentent environ 5 % du total

État providence ou État Papa Noël ?
Le débat politique se concentre sur la variation des prélèvements et des aides. Erreur : à chaque cadeau, une ponction, qui se répartit dans toute l’économie, ou plutôt la société. Les compagnons du Père Noel promettent à la fois baisse des impôts et augmentation des aides. Possible. En rêvant. Ou bien avec une forte croissance. Ce qui suppose une politique d’ultracroissance. On en est loin dans les vieux États.
Le vrai débat n’est donc plus celui de l’État-providence, l’État Papa Noël avec sa liste de cadeaux. Il porte sur l’état de l’État, dépassé par le monde. La moitié des satellites cette année a été lancée par SpaceX, plus par la NASA, qui appelle au secours Jeff Bezos pour se protéger de Musk. Les satellites, c’est le GPS, internet, les systèmes d’information, la paix, la guerre, l’eau, la terre, les flux. Les agriculteurs, médecins, employés, entrepreneurs, énergéticiens ne travailleront pas avec des primes et des subventions, mais avec des outils de haute précision, de traitement de données, pour la gestion de l’eau ou celle des cellules. Qui peut investir dans l’IA et le calcul quantique ?
De quel État avons-nous besoin ? Celui de la prime au logement ou de l’identité numérique ? Les deux font la dette. Tous les États sont endettés (on ne prête qu’aux riches). Mais ceux qui se désendettent le fond par une croissance redevenue possible. Sans la croissance digitale les États-Unis seraient en récession. Le cadeau magique que pourrait faire le Père Noel, ce n’est pas de ne plus croire au Père Noel, ce serait un stylo, pour dessiner l’État dont nous aurons besoin en 2035, et suivre la comète d’une nouvelle croissance. Elle est là. Bonne année.
(1) APL (15Mds), logement social (13), MaPrimerenov (7), Action logement (5).
(2) taxe foncière (37Mds), transactions (13), TVA (25), revenus, plus-values, IFI (15).
Auteur/Autrice
-
Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le media lesfrancais.press dont il est le Président.
Voir toutes les publications
























