Au Bundestag, le cri de désespoir de Macron pour réformer l’UE

Au Bundestag, le cri de désespoir de Macron pour réformer l’UE

novembre 19, 2018 0 Par Fabien Ferasson

L’appel lancé par Emmanuel Macron devant le Bundestag en faveur d’une relance de l’Europe ne sera probablement pas suivi d’effets, tant sa vision de l’UE reste chimérique aux yeux des Allemands, estime Albrecht Meier.

Albrecht Meier est rédacteur en chef de l’édition berlinoise du Tagesspiegel.

En ce moment, rien ne va plus pour Emmanuel Macron. Dans son pays, la colère des citoyens pour la hausse du prix de l’essence se dirige contre lui. Au niveau européen, son entrain ne lui sauvera pas non plus la mise.

Le président français a commencé par revendiquer la création d’un budget pour la zone euro. Ensuite, il a voulu renforcer la défense commune. Entre temps, il a aussi lancé l’idée d’une taxe numérique pour les géants comme Facebook et Google.

Budget de la zone euro, armée européenne, taxe numérique … Autant de mots-clés pour promouvoir une Union européenne qui donne des résultats concrets et qui agit.

Contrairement au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui a curieusement cru que le changement d’heure était la préoccupation principale des Européens, Emmanuel Macron a identifié le réel besoin des citoyens de l’UE comme étant la certitude que les institutions et les États membres assuraient leur protection.

Et pour prouver que cette protection est réelle, rien de tel que de s’affirmer face aux géants du numérique, ou de renforcer le pilier européen à l’OTAN. Car depuis l’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche, la cohésion de l’Europe s’effrite.

Offrir un espace de parole à Macron ne suffit pas

Ce discours au Bundestag a donné à Emmanuel Macron l’occasion d’en appeler à la conscience de ses amis allemands. Toutefois, cet appel à écrire « un nouveau chapitre » peut aussi être interprété comme un cri du désespoir.

Avec des mots forts, Emmanuel Macron a remercié le Bundestag de lui avoir donné la chance de promouvoir sa vision de l’Europe au plus près des parlementaires allemands.

Néanmoins, l’homme d’État sait aussi pertinemment que ce geste ne suffira pas. Car les gestes et les beaux discours n’ont pas manqué depuis son élection il y a un an et demi. À présent, six mois avant les élections européennes, il est temps d’agir.

Alliés potentiels chez les libéraux, les Verts et les sociaux-démocrates

Pour Angela Merkel, Emmanuel Macron pourrait trouver des alliés chez les libéraux, les Verts et les sociaux-démocrates. Cette dernière est parvenue à placer la fin de sa chancellerie sous le signe du renouveau du leadership franco-allemand.

Toutefois, il semble que le Français ne pourra relever le défi qu’à moitié : les Allemands soutiennent certes le budget de l’eurozone, mais dans une moindre mesure. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, estime que la taxe numérique est une bonne idée, mais pas forcément à l’échelle européenne. Quant à la politique de défense européenne, Emmanuel Macron a bien fait comprendre à Angela Merkel qu’elle manquait d’ambition.

Face à un tel manque de soutien et d’enthousiasme, personne ne devra donc s’étonner quand le chef d’État cherchera des alliés du côté des grandes familles européennes, à savoir chez les Verts, les libéraux et les sociaux-démocrates.

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