Après la guerre

Après la guerre

Le but de la guerre, c’est la paix. Même les violations du droit international ne peuvent faire disparaître la nécessité d’un ordre fondé sur des règles. Il y aura forcément le retour au droit. Les mieux placés pour l’édicter seront ceux qui en auront respecté le principe, non ceux qui l’auront violé. Si tous les belligérants, Russie, États-Unis, Iran, Israël, même le Liban et la Palestine, sont hors-la-loi, tous, à un moment, auront besoin de revenir à un droit international, vieux droit des contrats, celui de la réciprocité et du respect mutuel des regels. À quel moment ? Quand viendra la paix. Plus vite, peut-être, qu’on ne le pense.

La guerre d’Iran actuelle peut devenir l’évènement le plus marquant du 21éme siècle, plus que le 11 septembre, plus que les autres guerres du Moyen Orient, plus que la guerre d’Ukraine. Justement parce qu’elle peut conduire à la paix.

La guerre d’Iran actuelle peut devenir l’évènement le plus marquant du 21éme siècle

Chacun craint une guerre longue, un enlisement, qui mettrait l’économie mondiale en berne, surtout l’Asie, et embraserait de façon continue toute la région. C’est peu probable : ni les Iraniens, ni les Américains, ni les Israéliens, n’en ont les moyens. Il peut y avoir une fausse paix ou une vraie paix, qui serait la chute du régime des mollahs, mais en aucun cas il ne pourrait y avoir de guerre longue.

Si les Gardiens de la Révolution sont sans doute prêts à tout, y compris à massacrer leurs propres citoyens, leurs amis et leurs enfants, s’ils sont prêts à subir les pénuries d’essence, d’eau, de nourriture, s’ils sont prêts à se sacrifier, ils seront aussi, prêts à traiter plutôt que de s’écrouler.

Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei sur un écran à Téhéran, en Iran, le 9 mars 2026.
Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei sur un écran à Téhéran, en Iran, le 9 mars 2026. © Majid Asgaripour, Reuters

Et les dirigeants trumpistes, qui, eux, ne sont pas prêts à tout, abandonneront assez vite la bataille, en expliquant qu’ils ont infligé à l’Iran la leçon qu’ils voulaient donner. Il est peu probable que Trump continue une guerre impopulaire et coûteuse. L’impopularité de la guerre aux États-Unis, son coût, la débauche de munitions qu’elle impose, amènera à abandonner la guerre.

Il peut y avoir une fausse paix ou une vraie paix, mais en aucun cas il ne pourrait y avoir de guerre longue.

Mais ce ne sera qu’une fausse paix, comme toutes celles du Moyen-Orient depuis la Révolution islamique. Elles n’ont pas toujours mis en œuvre les mêmes protagonistes, mais elles ont toujours été liées à trois facteurs entremêlés : le pétrole, l’islamisme politique, le leadership régional. S’y ajoute Israel, plus en épouvantail qu’enjeu. Depuis la paix de Sadate, Israel ne peut être rayé de la carte qu’en parole. Aucun pays de la région n’a jamais cherché à aider les Palestiniens avec une proposition réelle de paix.

Depuis la Révolution iranienne, l’islamisme politique, né en Égypte,  devenu chiite, a irradié la région et au-delà, jusqu’en Indonésie. Chaque régime, chaque groupe politique a dû se positionner par rapport à un radicalisme actif  et violent. La chute du seul régime fondé sur cette idéologie, serait le début de la fin de cette idéologie. La chute de l’Iran des Mollahs serait un phénomène aussi important que la chute de l’URSS.

Le leadership régional se dispute entre l’Iran et l’Arabie saoudite, mais aussi la Turquie, auparavant l’Égypte, et bien sûr les États-Unis. La chute des mollahs donnerait à un Iran reconstruit une place considérable. Bien plus que l’Arabie saoudite. La pax americana au Moyen Orient ne serait sans doute pas ce qu’en augurent Trump et Netanyahou : les faiseurs de guerre ne dessineront pas seul la paix. Dès que les armes se seront tues, les faiseurs de paix s’imposeront. Ne serait-ce que parce que les pays du Golfe n’auront plus peur de l’Iran, et auront moins besoin des Américains.

La chute de l’Iran des Mollahs serait un phénomène aussi important que la chute de l’URSS

La carte du Moyen-Orient ne sera pas celle des Américains seulement. Raison pour laquelle, la France a raison d’être présente,  de gêner, et d’agir. Le Moyen-Orient se fera sans doute sans la Russie, mais pas sans la Chine, ni l’Europe. Et pour l’Europe, en premier lieu la France. Elle compte pour les pays du Golfe, elle compte au Liban, en Syrie, en Irak, en Palestine, en Jordanie, en Israël, en Égypte.

Fausse paix, vraie paix, dans tous les cas, le pétrole sera à moins de soixante dollars dans trois mois

Il y a l’hypothèse d’une fausse paix, avec le maintien du régime des Mollahs, celle d’une vraie paix avec sa chute. Dans tous les cas, le pétrole sera à moins de soixante dollars dans trois mois. Le détroit d’Ormuz ne sera pas fermé, le pétrole iranien coulera à flots, celui d’Irak aussi, en plus de celui du Venezuela, des Russes et des Saoudiens. Et si c’est une vraie paix, il y aura surabondance de pétrole pour le monde. Le pétrole sera à quarante dollars.

Le baril de brent est passé au-dessus des 110 dollars ce lundi
Le baril de brent est passé au-dessus des 110 dollars ce lundi ©Shutterstock

On dira que les États-Unis ont besoin de maintenir un cours à soixante dollars, prix en dessous duquel les puits du Texas ne sont plus viables. Mais l’économie américaine a besoin plus encore d’un pétrole à bas prix. Et de contrôler les routes du Moyen-Orient pour contrôler la Chine. Pourquoi la Chine ne profite-t-elle pas des violations répétées du droit international pour prendre Taïwan ? Parce qu’au-delà des considérations militaires, au-delà de la logistique des puces, elle craint les représailles économiques. Et si ce n’était pas l’Iran mais les États-Unis qui fermaient la route du pétrole, combien de temps tiendrait la Chine ?

Contrôler les routes du Moyen-Orient pour contrôler la Chine

D’ici quelques semaines il est possible que nous entrions dans une nouvelle phase de l’histoire.

Une énergie du pétrole abondante, c’est une économie mondiale en croissance durable et stable. Une paix durable au Moyen-Orient, ce seront aussi des changements de régime progressif, puisque l’idéologie islamique s’affaiblira, et que s’affaibliront aussi les régimes répressifs et anti-modernistes. Reviendra la nécessité d’un ordre international renforcé car personne ne voudra subir à nouveau, comme les pays du Golfe, la Chine, l’Inde ou l’Europe, l’humeur américaine.

La Russie, qui se voulait grande puissance, ayant perdu et abandonné ses alliés la Syrie de Bachar, le Venezuela de Maduro, l’Iran de Khamenei, sera contrainte à une paix égalitaire avec l’Ukraine. Un pétrole bas est sa ruine. Et les Ukrainiens ont remporté la bataille des drones en les fournissant aux Américains tandis que les Russes renseignaient les Iraniens…

Peut-être sommes-nous au début d’une phase de développement, de paix, inédite dans l’histoire de l’humanité

Aujourd’hui, les bombes font la loi, le terrorisme se réactive, les populations fuient, la peur règne, l’économie chancelle. Cela ne durera pas. Soit la trêve s’imposera, il y a aura des retours de flamme et de feu plus tard. Soit le régime des ayatollahs prendra fin, et le monde reviendra à l’avant révolution iranienne, à l’avant choc pétrolier. Une énergie à bas prix financera aisément les immenses besoins en investissements de la révolution technologique qui n’en est qu’à ses débuts. Et la transition énergétique. Et s’imposera la nécessité d’un ordre international plus que jamais fondé sur l’interdépendance des États. Le pire n’est vraiment pas sûr. Peut-être sommes-nous, dans ce feu et ce chaos, au début d’une phase de développement, de paix, inédite dans l’histoire de l’humanité.

Auteur/Autrice

  • Laurent Dominati

    Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025. Désormais, il travaille comme Conseiller spécial auprès du Premier ministre Sébastien Lecornu.

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