Antisémitisme : Caroline Yadan veut “fixer des frontières claires” entre liberté d’expression et haine

Antisémitisme : Caroline Yadan veut “fixer des frontières claires” entre liberté d’expression et haine

À l’occasion de la Journée internationale de la mémoire des victimes de l’Holocauste, la députée des Français établis hors de France, Caroline Yadan alerte sur l’explosion des actes antisémites, notamment à l’école, et défend une proposition de loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme. Un texte qui suscite de vifs débats à l’Assemblée nationale. Son objectif est de « fixer des frontières claires” entre liberté d’expression et haine.

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Des jeunes face à la banalisation de l’antisémitisme

En ce 27 janvier, date symbolique dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, la députée Caroline Yadan a souhaité s’adresser en priorité aux jeunes générations. Lycéens, collégiens et même écoliers sont aujourd’hui confrontés à une banalisation de discours antisémites, parfois relayés sans en mesurer la portée. La parlementaire décrit ainsi une situation alarmante dans les établissements scolaires : « de nombreux jeunes juifs qui, aujourd’hui, n’osent plus aller en cours, qui, aujourd’hui, sont harcelés, qui, aujourd’hui, sont ostracisés, qui, aujourd’hui, sont agressés physiquement ».

« Je crois très profondément que la France n'est pas un pays antisémite »

Face à cette réalité, elle insiste sur la dimension éducative de son engagement législatif : « c’est aussi un message pédagogique que je souhaite, aujourd’hui, formuler dans la proposition de loi que j’ai déposée » à l’Assemblée nationale.

Une atmosphère d’antisémitisme assumée

Si notre invitée refuse de qualifier la France de pays antisémite, elle reconnaît néanmoins une dérive préoccupante dans l’espace public. « Je crois très profondément que la France n’est pas un pays antisémite », affirme-t-elle, rappelant que la majorité de nos compatriotes souhaitent un renforcement de la lutte contre ce fléau. Mais, depuis le 7 octobre, une rupture s’est produite : « cette marmite dont le couvercle était fermé depuis la Shoah s’est brusquement ouverte ».

Caroline Yadan députée des Français établis hors de France, 8eme circonscription
Caroline Yadan députée des Français établis hors de France, 8eme circonscription

Cette atmosphère a des conséquences concrètes sur le quotidien : « il n’est pas normal aujourd’hui d’avoir peur lorsqu’on est un juif en France », ni de « retirer les mézousas des portes » ou « de prendre un autre nom lorsqu’on commande un Uber ».

Une loi pour lutter contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme »

La proposition de loi portée par Caroline Yadan vise explicitement ce qu’elle nomme les nouvelles expressions de la haine antisémite. Elle réfute les accusations de loi d’opinion : « merci de me donner la possibilité de rétablir des faits, rien que des faits ».

« Je mets au défi quiconque de trouver dans mon texte un seul mot qui porterait atteinte à cette liberté d'expression »

Le texte comporte ainsi plusieurs volets nous informe la députée. Le premier renforce le délit d’apologie du terrorisme, y compris lorsqu’il passe par la minoration ou la banalisation des actes : « cet article vise la validation morale de la violence » afin de rompre « ce continuum entre discours et passage à l’acte ». L’article 2 introduit un délit d’appel à la destruction d’un État, sans en nommer aucun : « il peut d’ailleurs s’appliquer à n’importe quel État dans le monde ». Pour la députée, appeler à l’éradication d’un État n’est pas une opinion : « c’est une position […] qui essentialise les Juifs du monde entier ».

Ainsi, pour notre invitée, le texte renforce également les possibilités d’action des associations antiracistes. Il durcit aussi la lutte contre le négationnisme : « un renforcement en fait de la loi Gayssot », par l’intégration explicite de la négation, de la minoration et de la banalisation outrancière de la Shoah.

Liberté d’expression et critiques d’Israël

Face aux accusations d’amalgame entre antisionisme et antisémitisme, Caroline Yadan se montre catégorique : « je mets au défi quiconque de trouver dans mon texte un seul mot qui porterait atteinte à cette liberté d’expression ».

Caroline Yadan aux côtés de Sophia Aram et Arthur, lors de la remise d'un prix de la Licra à l'Elysée
Caroline Yadan aux côtés de Sophia Aram et Arthur, lors de la remise d'un prix de la Licra à l'Elysée © Compte X de Caroline Yadan / X

Elle rappelle que la proposition a été validée juridiquement : « la version qui a été votée à la Commission des lois est conforme en tout point aux préconisations du Conseil d’État ». Pour elle, nier le lien entre certains discours et les agressions est une forme de déni : « dire qu’il n’y a pas de lien […] c’est vraiment refuser de regarder ce qui se passe sous les yeux ».

Des oppositions politiques très marquées à l’Assemblée nationale

À l’Assemblée nationale, le texte bénéficie du soutien du gouvernement et d’une partie de la droite. Les oppositions viennent principalement de La France insoumise, mais aussi d’autres groupes de gauche. Caroline Yadan assume la conflictualité du débat et affirme que « les Juifs aujourd’hui de ce pays ont peur ». Elle précise : « c’est aussi pour leur dire que la France ne les abandonne pas, que j’ai souhaité le déposer ».

Holocauste : journée de mémoire et de responsabilité

En ce 27 janvier, journée internationale de la mémoire des victimes de l’Holocauste, la députée rappelle enfin l’importance du lien entre passé et présent : « il ne sert à rien de combattre le présent si on ne tire pas des leçons de ce qui s’est passé avant ». Selon elle, honorer la mémoire des victimes d’hier implique de combattre, aujourd’hui, « cette haine qui ressurgit au grand jour » et de refuser toute banalisation de ses mécanismes.

Lire ici  la proposition de loi déposée par la députée Caroline Yadan visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme.

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