L’AFE clôt une mandature sous le signe de la protection sociale, du statut des élus et des crises internationales

L’AFE clôt une mandature sous le signe de la protection sociale, du statut des élus et des crises internationales

La 44e session plénière de l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE), ouverte par la présidente Hélène Degryse au Quai d’Orsay en présence d’Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, a tourné au rendez‑vous politique : les prises de parole des groupes étaient explicitement destinées à la ministre, appelant le gouvernement à traduire immédiatement en actes les recommandations issues des travaux de la mandature.

À quelques semaines de la fin de leur mandat, les élus ont adressé à l’exécutif un message clair sur trois priorités récurrentes : la protection sociale des Français de l’étranger, le statut et la protection des élus bénévoles, et la capacité de la représentation à répondre aux crises internationales.

Une mandature marquée par l’instabilité... et l’action

Dans son discours d’ouverture, Hélène Degryse (présidente de l’AFE) a dressé le portrait d’une mandature « ballottée » par l’instabilité politique, six ministres en dix sessions, mais qui n’en a pas moins produit des travaux structurants.

« Notre responsabilité est désormais de porter ces propositions auprès du gouvernement et du Parlement pour transformer ces écrits en actes »

L’organisation des Assises de la protection sociale sur sept mois et le lancement de tests pour le bureau de vote électronique ont été cités comme « le point d’orgue » d’un mandat qui veut transformer l’écoute et la concertation en mesures concrètes. « Notre responsabilité est désormais de porter ces propositions auprès du gouvernement et du Parlement pour transformer ces écrits en actes », a-t-elle lancé, appelant l’AFE à capitaliser sur ces travaux.

La CFE au cœur des inquiétudes

La santé financière de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) a cristallisé les préoccupations. Florian Bohême (Écologie & Solidarité) a alerté sur le « sous‑financement » des missions de service public et sur l’impact des réformes successives : « L’État est‑il prêt, OUI ou NON, à assumer sa part de solidarité nationale ? »  Pour lui et d’autres, des solutions existent, y compris des pistes législatives évoquant une part de recettes fléchées, mais il faut des décisions politiques rapides et durables.

Critique du recul du service public et appel à la considération des élus

Baptiste Heintz, président du groupe « Écologie & Solidarité », a dénoncé le recul du service public à l’étranger, citant l’AEFE et la CFE, et la détérioration des relations entre de nombreux postes et les élus bénévoles.

Baptiste Heintz président du Groupe Ecologie & Solidarité
Baptiste Heintz président du Groupe Ecologie & Solidarité

Il a exhorté le gouvernement à ne pas « enterrer le service public et la démocratie des Français à l’étranger », plaidant pour des moyens et une considération réaffirmée.

Protection et statut des élus : urgence partagée

La question du statut et de la protection des élus a recueilli un large consensus. Thierry Masson, Président du Groupe « Indépendants, démocrates et progressistes » a proposé un dispositif structuré de protection juridique et d’accompagnement pour les élus exposés à la violence, aux menaces ou à la diffamation : « Protéger les élus, ce n’est pas un privilège. C’est protéger la démocratie. »

« Protéger les élus, ce n’est pas un privilège. C’est protéger la démocratie. »

La présidente de l’AFE, Hélène Degryse avait déjà appelé à une meilleure sécurité juridique pour ces élus bénévoles, soulignant leur vulnérabilité.

Crises internationales : Triple A et coordination renforcée

Face aux foyers de conflit, du Moyen‑Orient au Sahel en passant par l’Afrique et l’Asie, plusieurs orateurs ont soutenu la généralisation du dispositif « Triple A » (anticipation, action, assistance) et une information prioritaire pour les élus.

Nadia Chaaya, présidente du groupe Les indépendants à l'AFE
Nadia Chaaya, présidente du groupe Les indépendants à l'AFE

Nadia Chayaa, Présidente du groupe « Les Indépendants » a insisté sur le fait que « l’élu ne peut être alerté en même temps que les compatriotes », réclamant un canal structuré et officiel entre postes et représentants locaux. Baptiste Heintz, « Écologie & Solidarité », a invoqué « la peur des bombes » pour des ressortissants au Moyen‑Orient et ailleurs, et a appelé à renforcer capacités d’évacuation et d’accueil.

Droits des femmes : mobilisation transpartisane

La création d’une Délégation aux droits des femmes à l’AFE a recueilli un soutien marqué. Portée par Gaëlle Lecomte (Écologie & Solidarité), qui a plaidé pour une mise en place immédiate : « Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action. »

« Le présent n’est pas un passé en puissance, il est le moment du choix et de l’action. »

Quant à Élise Léger (Groupe des non‑Inscrits), elle a pour sa part appelé à la cohérence entre les discours et les actes, soulignant le risque que des principes restent « une coquille vide » si l’assemblée n’applique pas ses propres standards.

Handicap : propositions concrètes pour l’inclusion

Michèle Malivel (Union des Républicains, des Centres et des Indépendants), qui vit avec un handicap et se déplace en fauteuil roulant, a appuyé ses propositions sur son expérience personnelle.

Michele Malivel, pour le Groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants à l'AFE
Michele Malivel, pour le Groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants à l'AFE

L’élue de Maurice a détaillé des propositions pratiques pour les Français en situation de handicap hors de France : création d’un guichet unique, visibilité des établissements inclusifs de l’AEFE, MDPH dédiée, harmonisation de la rétroactivité des droits. Son message : il ne s’agit pas d’obtenir des faveurs mais une égalité de traitement pour des parcours souvent administrativement complexes. Elle a tenu à remercier l’ensemble de l’équipe du ministère.

AEFE : prudence sur la méthode

Patricia Connell (Indépendants, démocrates et progressistes) a mis en garde contre des réformes précipitées de l’AEFE et demandé la suspension de certaines décisions du conseil d’administration en attendant les conclusions de la mission confiée par Matignon.

Elle a appelé à une méthode de concertation, écouter, associer, construire, pour garantir un équilibre entre besoins des familles et soutenabilité financière. Ana Saint‑Dizier (Écologie & Solidarité) a dénoncé les décisions prises en décembre, « unilatérales, sans concertation », et leurs conséquences pour les familles, la mixité sociale et les personnels. Elle a appelé au moratoire et à une concertation véritable, en attendant les conclusions de la mission confiée par Matignon.

Déontologie et cohérence politique

Les débats ont aussi porté sur la déontologie et la gouvernance interne. La présidence a salué la création d’une cellule de règlement des conflits et des progrès sur la prise en compte des droits des femmes, mais plusieurs intervenants, notamment Élise Léger (Groupe des non‑Inscrits), ont rappelé que la crédibilité de l’assemblée dépend de sa capacité à mettre en pratique ses principes.

Hommages et transmission

La session a été l’occasion d’hommages à quatre figures disparues de la représentation des Français à l’étranger. Hélène Degryse (Présidente de l’AFE) a insisté sur la transmission d’une institution « plus solide, plus mature, plus affirmée » aux prochaines équipes.

Un mandat de transition et des choix politiques à venir.

Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger lors de la 44eme session plénière de l'AFE
Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger lors de la 44eme session plénière de l'AFE

À l’issue de cette dernière session, l’AFE apparaît renforcée dans sa capacité à produire des propositions mais confrontée à des choix politiques majeurs : pérenniser la protection sociale, reconnaître et protéger les élus bénévoles, réformer l’AEFE sans casse sociale, et institutionnaliser la lutte pour les droits des femmes. Ces chantiers reposeront autant sur les arbitrages gouvernementaux que sur l’énergie des futurs élus.

Prochain test : la loi « Français de l’étranger »

Plusieurs intervenants ont rappelé que le projet de loi pour les Français de l’étranger, annoncé par le gouvernement et porté par Éléonore Caroit, sera le moment de vérité : il devra permettre de traduire en droit et en moyens les recommandations issues des Assises et des travaux de l’AFE.

En conclusion, la session a confirmé que l’assemblée entend être plus qu’un organe consultatif : elle veut être actrice des choix qui concernent les Français hors de France.

Les mois qui viennent diront si l’exécutif entend prendre la mesure des enjeux soulevés par l’ensemble des groupes politiques de l’AFE, et si les propositions se traduiront en actes concrets.

Cette 44ème session a cristallisé trois urgences pour les Français de l’étranger : sécurité et assistance en zones de crise, sauvegarde et réforme de la protection sociale (CFE) et préservation d’un service public éducatif à l’international. À Éléonore Caroit désormais d’apporter des réponses qui marqueront la transition entre mandatures.

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