L’AEFE recherche sa nouvelle direction pour mener la réforme contestée

L’AEFE recherche sa nouvelle direction pour mener la réforme contestée

Claudia Scherer-Effosse, la directrice générale de l’AEFE, va quitter ses fonctions. C’est une annonce officielle datée du 25 mars qui déclare le poste comme « susceptible d’être vacant ». Une formule classique pour indiquer un prochain départ. Mais au-delà de ce mouvement, certaines interrogations demeurent.

Un départ annoncé dans un moment de tourmente

L’ex Ambassadrice de France en Argentine avait pris ses fonctions à la tête de l’Agence le 28 aout 2023. Elle aura donc œuvré à la tête du navire amiral de l’enseignement français à l’étranger pendant moins de 3 ans. Un départ nécessairement commenté alors que le réseau de l’AEFE est en pleine ébullition et sa réforme loin d’être achevée.

« L’été pourrait donc être le moment concomitant du départ de la DG et des annonces de la sénatrice Cazebonne sur les évolutions tant attendues du réseau de l’AEFE »

Des parents en colère face aux frais de scolarité qui explosent. Des personnels tétanisés face à des perspectives de réformes douloureuses. Et des politiques qui se querellent autour de la réalité des comptes de l’agence : Le réseau AEFE a connu des temps plus sereins. Claudia Scherer-Effosse inscrit son départ dans un moment plus qu’incertain pour l’avenir des établissements scolaires français à l’étranger.

En effet, les missions d’études se succèdent au chevet du réseau qui faisait, il y a encore peu de temps, la fierté de notre Nation. D’ailleurs, la sénatrice Samantha Cazebonne rendra, en juin, son rapport sur la réforme « structurelle » de l’Agence au terme des 6 mois de la mission qui lui a été confiée par le premier ministre en janvier. L’été pourrait donc être le moment concomitant du départ de la « DG » et des annonces de la parlementaire sur les évolutions tant attendues du réseau de l’AEFE. Ils sont nombreux parmi les « informés » du Quai d’Orsay ou sur les bancs de l’Assemblée à anticiper la nomination de l’ancienne proviseure, devenue députée puis sénatrice. Une nomination, si elle a lieu, qui serait une onde de choc dans le milieu feutré des diplomates. Une option rendue possible depuis qu’Emmanuel Macron a supprimé en mai 2022 les deux plus hauts corps diplomatiques, celui des conseillers des affaires étrangères et celui des ministres plénipotentiaires, permettant à l’exécutif de nommer toute personnalité à des postes, avant réservés aux titulaires du ministère des Affaires étrangères.

L’AEFE : une agence en urgence financière ?

Les trois ans écoulés depuis son arrivée d’Argentine auront connu une accélération brutale avec le conseil d’administration de juillet 2025 qui marquait une reprise en main du ministère de l’Europe et des affaires étrangères sur l’AEFE. Il fallait réformer le budget de l’agence au pas cadencé. L’Agence était menacée à terme de cessation de paiement. Et c’est la directrice générale de la mondialisation, Anne Grillo, qui fut dès lors à la baguette. La directrice générale de l’Agence parut alors, pour de nombreux observateurs, comme réduite au second rôle.

Anne Grillo, directrice de la DG de la mondialisation au MEAE lors de la remise des palmes EFE - mars 2026
Anne Grillo, directrice de la DG de la mondialisation au MEAE lors de la remise des palmes EFE - mars 2026

Le conseil d’administration de décembre 2025 valida une batterie de mesures financières douloureuses impulsées, semble-t-il, par les diplomates du Quai d’Orsay. Claudia Scherrer Effosse assura avec loyauté le service après-vente auprès d’établissements obligés d’endosser la prise en charge des nouvelles contributions votées. Et constata aussi la fronde des familles dans nombre de pays. Brice Bultot, le président de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements français à l’étranger) nous a d’ailleurs indiqué avoir « relevé la publication de cette annonce », en insistant sur « le flou » que cela amène sur la « réforme annoncée ». Il pose également la question suivante : « comme (notre) maître mot a toujours été la transparence, avançons-nous tous bien ensemble dans la séquence qui nous occupe depuis bientôt un an maintenant ? ».

« Un départ vu comme « un mauvais signal au mauvais moment »

En interne l’autorité de l’actuelle directrice générale semblait aussi affaiblie, comme nous l’ont rapporté certaines personnes siégeant au conseil d’administration de l’agence. Avec un mandat qui aura été de moins de trois ans elle aura connu un temps de direction plus bref que ses prédécesseurs, Olivier Brochet (2019-2023) et Christophe Bouchard (2016-2019). Il aura aussi été plus tumultueux.

Les représentants des personnels réagissent à ce départ

Les personnels saluent en interne une personne courageuse tout en s’interrogeant sur son départ et sur son impact sur l’avenir. La CFDT Education Monde dénonce « un mauvais signal au mauvais moment » alors que « l’Agence traverse une crise structurelle sans précédent, plus de 60 millions d’euros de subvention perdus en deux ans, des décisions lourdes adoptées en urgence au CA du 18 décembre 2025, une mission parlementaire en cours. Changer de direction générale dans ce contexte fragilise davantage un opérateur public sous tension » analyse Frédéric Costes Administrateur de l’AEFE.

Claudia Scherer-Effosse, directrice générale de l’AEFE, remise des palmes EFE, mars 2026
Claudia Scherer-Effosse, directrice générale de l’AEFE, remise des palmes EFE, mars 2026

L’UNSA et Boris Faure (administrateur au CA de l’AEFE) pensent déjà à l’après : « la réforme a été pilotée depuis le début par le ministère. Ce qui nous manque c’est une direction de l’agence qui défende le réseau et surtout arrive à convaincre les diplomates. Pour faire valoir davantage une vision de terrain face à la verticalité du Quai. Le ou la future titulaire de ce fauteuil peu confortable arrivera en terrain miné. Dans tous les cas il ou elle devra travailler plus étroitement avec les représentants du personnel et pas seulement pour les écouter poliment. »

Quelles perspectives pour le futur de l’AEFE ?

Dans une période d’inquiétudes généralisées parmi la dizaine de milliers de personnels constituant le réseau la première tâche du nouveau titulaire de la fonction devrait être de rassurer les personnels en traçant de nouvelles perspectives. Face à la fronde des parents, revoir aussi la copie financière du CA de décembre et alléger les frais de scolarité quand c’est possible serait de nature à apaiser la future rentrée de septembre, tout en expliquant les futures ambitions pour l’AEFE et la modernisation de ce réseau, qui reste aussi un outil fort de l’influence de la France dans le monde.

« Le ou la future titulaire de ce fauteuil peu confortable arrivera en terrain miné »

Mais l’agenda politique risquerait-il de compliquer la donne ? Quand une « réforme structurelle » est annoncée chacun entend qu’elle recoupera des changements en profondeur.

La sénatrice Cazebonne évoque ainsi une possible réforme du conseil d’administration qui donnerait encore plus de poids aux familles ou même la mise en place d’un comité de pilotage au sein d’une agence refondue dans sa structure. Le rôle de Directeur général en serait ainsi nécessairement impacté et la gouvernance de l’AEFE bouleversée. Frédéric Petit, député MoDem des Français de l’étranger, avait aussi émis des propositions en ce sens en demandant notamment à l’avenir la distinction entre les deux missions de l’agence, celui de gestion et celui d’animation du réseau. Son collègue GenérationS, Karim Ben Cheick insiste quant à lui sur une mesure à mettre en place rapidement pour les établissements en gestion directe (EGD). En effet, le député désire permettre, à ces entités locales, d’emprunter comme tout autre acteur afin de moderniser le réseau sans grever la trésorerie de l’établissement ou celle des parents.

Le fauteuil à prendre à la tête de l’AEFE est donc un siège inconfortable. Son titulaire y occupera une position plus instable que jamais. Avec un casting pour déterminer un successeur qui s’annonce très ouvert. Entre un(e) diplomate expérimenté(e), une personnalité issue de la fonction publique mais dotée d’une expérience politique de premier plan, ou pourquoi pas un profil issu directement du monde politique actuel, le jeu des rumeurs et pronostics a déjà débuté. Comme si le chapitre Claudia Scherer Effosse était déjà refermé.

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