AEFE : les parents d’élèves face à la hausse des frais de scolarité

AEFE : les parents d’élèves face à la hausse des frais de scolarité

La situation au sein des établissements français à l’étranger, pilotée par l’AEFE, se tend de plus en plus. À l’issue du conseil d’administration du 18 décembre 2025, plusieurs mesures budgétaires ont été dévoilées, entraînant une augmentation significative des frais de scolarité pour les familles. En moyenne, la hausse serait d’environ 400 euros par élève et par an, avec des pics pouvant atteindre 1 300 euros dans certains établissements. Pour analyser les conséquences de ces décisions, Lesfrancais.press a interrogé Brice Bultot, président de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger).

Écouter le podcast avec Brice Bultot

Une hausse attendue mais des écarts inquiétants

Du côté de cette fédération d’associations de parents d’élèves, les annonces étaient attendues. Brice Bultot explique en effet que « cela a été une absence de surprise, ça c’est clair, puisqu’on était préparé au fait qu’il y avait peu de pistes d’ajustement de la part de l’Agence quant au règlement de ses soucis budgétaires ».

« Les informations transmises en amont des réunions étaient relativement insuffisantes »

En revanche, l’ampleur des écarts entre établissements a suscité une vive inquiétude : « l’élasticité, l’impact plus bas et le plus haut, ça nous a relativement interloqués », d’autant que les familles ne disposent pas encore d’une vision précise des montants qui les concerneront. La FAPEE demande donc à pouvoir « juger sur pièce » et réclame que l’Agence et les directions d’établissement apportent rapidement des éléments chiffrés détaillés.

Boycotts et tensions dans les conseils d’établissement

Dans plusieurs lycées français à l’étranger, des conseils d’établissement extraordinaires ont été convoqués pour valider les hausses tarifaires. À Bruxelles, Ho Chi Minh-Ville ou Valence, des associations de parents ont choisi le boycott afin d’empêcher le quorum. Pour Brice Bultot, ces actions sont légitimes lorsque l’information est insuffisante : « nos membres devraient pouvoir siéger à ces conseils d’établissement en étant suffisamment informés en amont de ce qui va se passer ».

Stop à l'augmentation des frais de scolarité
Stop à l'augmentation des frais de scolarité

Or, selon lui, « les informations transmises en amont des réunions étaient relativement insuffisantes ». La FAPEE réaffirme ainsi une revendication ancienne : davantage de transparence dans la construction budgétaire des établissements en gestion directe (EGD).

Une confiance fragilisée entre familles et AEFE

La réforme de l’AEFE met en lumière un déficit de communication entre l’opérateur public et les familles. Brice Bultot reconnaît que « le fait d’avancer un peu, pas masqué mais dans le flou, ça donne lieu à un peu tous les fantasmes ».

« Personne ne devrait se féliciter d’une fermeture d’établissement »,

Il en tire une conséquence directe : « il est difficile d’avancer avec confiance et volonté de contribuer au système », même s’il rappelle que l’avenir du réseau français à l’étranger « ne peut pas se faire sans les élèves et sans leurs familles ». La confiance, aujourd’hui « un poil écornée », devra donc être restaurée par une association plus étroite des parents aux décisions.

Le risque réel d’une baisse des effectifs

La hausse des frais de scolarité pourrait avoir un impact direct sur la fréquentation. Brice Bultot rappelle que lors de précédentes augmentations, notamment après le Covid ou dans un contexte inflationniste, certains établissements ont enregistré « des baisses de fréquentation en hauteur de 10 à 20 % ». Il insiste sur le fait qu’un prix en hausse signifie souvent « le dépassement d’un seuil de tolérance » pour certaines familles, contraintes de se tourner vers d’autres systèmes éducatifs.

Vers une gouvernance plus partagée ?

Avec une contribution financière accrue des parents, la question de leur place dans la gouvernance se pose de plus en plus. Pour le président de la FAPE, cette évolution est logique : « c’est légitime que les familles soient associées au fonctionnement des établissements ».
Il prévient toutefois qu’un manque de transparence peut entraîner des réactions de repli, voire une surveillance accrue du fonctionnement pédagogique, qualifiée de « réflexes de survie ».

Les membres du CA et du bureau de la Fapee
Les membres du CA et du bureau de la Fapee

Brice Bultot est clair : « personne ne devrait se féliciter d’une fermeture d’établissement ». Une telle issue serait, selon lui, « un signe d’échec ». Les parents ont donc tout intérêt à défendre à la fois les taux d’encadrement, la qualité de l’enseignement et le maintien des équipes éducatives, tout en anticipant un possible désengagement de l’AEFE de certains établissements conventionnés.

D’autres leviers que le portefeuille des familles

La FAPEE plaide pour une approche globale de la réforme. Brice Bultot rappelle que les principaux défis résident dans « la projection de l’inflation de la masse salariale » et surtout dans le poids croissant des pensions civiles. Il évoque aussi d’autres pistes : partenariats avec les pays d’accueil, priorités budgétaires du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et modulation des subventions publiques. La FAPEE défend une vision « tout-ou-rien », refusant les simples « pansements budgétaires ».

« Une mission parlementaire sur l’AEFE confiée
à la sénatrice Samantha Cazebonne »

La mission confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne est perçue comme pertinente par la FAPEE. Pour Brice Bultot, elle est la personnalité ayant « le plus travaillé sur ce sujet-là au cours des dix dernières années ». Il attend de cette mission une méthode « holistique » et surtout l’absence de tabous : « il n’y en aura aucun côté FAPEE ».

Dans les mois à venir, la FAPEE observera attentivement la réaction de ses membres face aux annonces détaillées de la réforme complète l’AEFE. Brice Bultot insiste : « ce n’est pas la peine de cacher les choses » et « il va falloir s’appuyer sur des choses réelles ». Des négociations s’ouvrent notamment pour les établissements conventionnés et partenaires. L’objectif est clair : que les efforts nécessaires à l’équilibre du réseau soient « entièrement partagés » entre toutes les parties prenantes.

Pour connaître la position des familles sur l’augmentation de frais de scolarité dans les établissements du réseau AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), écoutez l’intégralité de ce podcast Lesfrancais.press avec Brice Bultot, Président de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger).

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