Dans un contexte de tensions autour du financement et de la réforme de l’AEFE, Frédéric Petit, député MoDem des Français de l’étranger, répond aux critiques de son collègue de l’Assemblée nationale Karim Ben Cheïkh. En effet, dans une interview publiée par Lesfrançais.press, ce dernier, parlementaire Les Écologistes, a contesté vivement la fiabilité des chiffres budgétaires communiqués par son homologue du centre. Outre, une clarification des positions de chacun, c’est aussi l’accès aux données et la transparence financière de l’opérateur public dont il est également question. D’ailleurs, pour Frédéric Petit, « L’AEFE est un opérateur indépendant de l’État, dont la gestion a dérivé. »
AEFE : quels sont les vrais chiffres ?
Lesfrancais.press : « Dans une interview publiée par Lesfrancais.press, votre collègue député Karim Ben Cheïkh affirme que les chiffres que vous avez récemment diffusés sur l’AEFE sont “sans réalité comptable et budgétaire” et qu’ils ne correspondent pas à ceux que lui-même a obtenus de l’agence. Maintenez-vous l’exactitude de vos données et sur quelles sources vous appuyez-vous ? »
Frédéric Petit : « Monsieur Ben Cheikh est rapporteur spécial du budget de la mission « Action extérieure » de l’État depuis 2022, mission dont je ne suis que l’un des rapporteurs pour avis. Il est surprenant qu’il semble découvrir des chiffres que je publie chaque année, parfois deux fois par an, et qui sont largement partagés. Or, c’est à lui que revient la tâche de présenter un rapport consolidé de l’ensemble de la mission « Action extérieure » qui comprend mon rapport sur la diplomatie culturelle et d’influence. Comment se fait-il que le rapporteur spécial ne puisse pas connaître le montant de la subvention effectivement versée chaque année à l’opérateur le plus important de la diplomatie culturelle ?
« Les chiffres de mes rapports, que mon collègue député aurait dû connaître ou consulter à minima, sont rigoureusement les mêmes que ceux qu’il a obtenus de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. »
Frédéric Petit, député des Français de l’étranger - 7ème circonscription
Les chiffres de mes rapports, que mon collègue député aurait dû connaître ou consulter à minima, sont rigoureusement les mêmes que ceux qu’il a obtenus de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) : 353 millions de subventions en 2017, presque 450 millions en 2024. S’il avait pris la peine de lire mes rapports, il aurait évité un travail inutile et redondant à l’Agence. Et s’il avait fidèlement diffusé la réponse de l’Agence, il aurait été contraint de convenir que la masse salariale des seuls personnels détachés et expatriés a bien augmenté de 20% entre 2017 et 2025 (de 534 à 641 millions) alors que les effectifs, de leur côté, chutaient de 13% (de 6200 à 5400).
Je maintiens qu’entre 2021 et 2024, la masse salariale est passée de 760 à 900 millions d’euros, quand la subvention augmentait de 400 à 450 millions : c’est une machine infernale dont nous sommes quelques-uns à annoncer l’impasse depuis huit ans. Que mon collègue estime que cet effet ciseaux mortifère, qu’il aurait dû anticiper depuis quatre ans en tant que rapporteur spécial, et qui ne cesse de s’amplifier, constitue « une urgence qui n’existe pas », cela m’interroge. »
Réalité comptable ou opposition politique ?
Lesfrancais.press : « Il vous est également reproché une présentation orientée des données, susceptible d’influencer le débat sur le modèle économique de l’AEFE. Comment réagissez-vous aux propos de votre collègue parlementaire sur le manque de sincérité dans la communication ? »
Frédéric Petit : « Mes chiffres sont publics, proviennent uniquement de l’Agence, sur demande officielle de la commission des affaires étrangères (de l’Assemblée nationale) et sont consolidés année après année.

Ben Cheikh n’est pas très rigoureux par ailleurs : je ne vois pas, par exemple, comment il pourrait y avoir « 90 millions d’euros de transfert de charges» de l’AEFE vers les parents, chiffre qu’il assène publiquement. De quoi parle-t-il ? De la baisse de la subvention de 16 millions d’euros ? De la nouvelle contribution qui doit rapporter à l’Agence 11 millions d’euros ? De l’augmentation des écolages des EGD qui s’élève à 20 millions d’euros ?
« Monsieur Ben Cheikh tord les chiffres pour éviter le débat de fond »
Frédéric Petit, député des Français de l’étranger - 7ème circonscription
Monsieur Ben Cheikh tord les chiffres pour éviter le débat de fond. Or, il sait parfaitement que la subvention annuelle a augmenté de près de 100 millions d’euros entre 2017 et 24 (+ 30% !). Peut-on appeler cela un désengagement de l’État ? »
Lesfrancais.press : « Dans un contexte de tensions sur le financement de l’enseignement français à l’étranger, estimez-vous que le débat public repose aujourd’hui sur des bases suffisamment claires et partagées entre parlementaires ? »
Frédéric Petit : « Il suffirait que chacun fasse son travail régulièrement, rigoureusement, et sans idéologie, ni clientélisme. C’est le cas de la plupart d’entre nous, tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. »
Quel futur modèle économique de l’AEFE
Lesfrancais.press : « Plus largement, quelle est votre vision de l’évolution du modèle économique de l’AEFE, notamment concernant la répartition entre financement public et contribution des familles ? »
Frédéric Petit : « J’ai fait connaître ma vision il y a plus de cinq ans, à travers une lettre ouverte et formulé une proposition de réorganisation de l’enseignement français à l’étranger. Ma vision a peu changé depuis. En revanche, la réforme de l’Agence, elle, devient de plus en plus urgente et même critique.

L’AEFE est un opérateur indépendant de l’État, dont la gestion a dérivé. Elle masque cette dérive, y compris parfois à son administration de tutelle, en entretenant le flou entre deux métiers qu’elle exerce et qu’il faudrait différencier d’urgence. C’est ma demande depuis des années. l’Agence gère directement une soixantaine d’établissements dont elle reçoit les écolages, d’une part ; et, d’autre part, elle doit développer et animer de façon équilibrée et stratégique un réseau de plus de 600 établissements dont près de 90% sont « privés », parfois depuis des siècles. Ces deux activités doivent être stratégiquement et comptablement strictement séparées.
« L’AEFE est un opérateur indépendant de l’État, dont la gestion a dérivé »
Frédéric Petit, député des Français de l’étranger - 7ème circonscription
Je ne serai ni dupe, ni complice, du discours politicien qui consiste à demander un demi-milliard d’euros au contribuable en revendiquant de porter « l’éducation à la française aux quatre coins du monde », puis laisse cette subvention se perdre dans une gestion opaque et non maîtrisée d’une soixantaine d’établissements, dont à peine une petite trentaine en dehors de l’Union européenne. »
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