AEFE, entre missions parlementaires et mobilisation des parents d’élèves

AEFE, entre missions parlementaires et mobilisation des parents d’élèves

Depuis juillet 2025, l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE) traverse une crise profonde. Celle-ci prend racine dans le poids croissant des pensions civiles (les retraites) du personnel détaché, que l’État français ne compenserait plus intégralement depuis longtemps. Une ligne budgétaire devenue centrale dans les débats, tant elle pèse sur l’équilibre financier du réseau. Face à la gronde des parents, une mission parlementaire complémentaire menée par Mathilde Olivier (sénatrice EELV -FDE) et Yan Chantrel (sénateur PS – FDE) vient d’être mise en place alors que la sénatrice macroniste Samantha Cazebonne a, elle, été mandatée par le gouvernement sur le même sujet. Si les parlementaires se bousculent pour prendre le sujet en main c’est que l’enjeu est majeur pour les enfants des expatriés mais aussi pour le rayonnement français dans le monde.

Une réforme délicate

En juin 2025, l’AEFE avait déjà envisagé un transfert intégral de cette charge des pensions civiles vers les établissements (donc vers les familles) mais cette mesure avait été suspendue in extremis après l’intervention du ministre chargé des Français de l’étranger, Laurent Saint Martin, suite aux pressions des fédérations de parents d’élèves et des syndicats d’enseignants. Dans la foulée, une phase de concertation et de travaux interministériels avait été ouverte dans l’espoir de déboucher sur une réforme plus large du modèle de l’AEFE.

Mais, fin novembre, l’Agence a fait machine arrière en revenant avec une proposition de fond quasi identique sur le principe : faire financer une part significative des pensions civiles par les établissements, via une nouvelle contribution. Cette fois, la nouvelle ministre, Eléonore Caroit, n’est pas intervenue.

Le dernier acte de cette pièce s’est joué lors du conseil d’administration du 18 décembre 2025 au cours duquel a été actée la décision particulièrement sensible de faire financer par les établissements une part significative des pensions civiles du personnel rattaché à l’AEFE. Une décision qui a provoqué une levée de bouclier et l’instauration d’une politique de la chaise vide par les associations de parents d’élèves aux conseils d’administration afin de ralentir l’adoption de la réforme.

Quelles conséquences pour les frais d’écolage ?

La création d’une nouvelle taxe sur les pensions civiles constitue un impôt déguisé selon la fédération des parents d’élèves, la FAPEE. Elle entraînera mécaniquement une hausse brutale des frais de scolarité dans les Établissement en Gestion Directe (EGD) par l’AEFE sans aucune amélioration de l’offre pédagogique.

AEFE
Image d'illustration

Car contrairement aux établissements conventionnés, les EGD, organisés comme des démembrements de l’AEFE (ODAC), ne disposent d’aucune marge de manœuvre pour se réorganiser, diversifier leurs ressources ou recourir à l’emprunt.

Concrètement, il est prévu une contribution immédiate correspondant à 35% des pensions civiles du personnel concerné dès 2026 (expatriés et résidents), puis 50% à partir de 2027, avec une stabilisation annoncée à ce niveau. Si cette contribution ne concerne pas le personnel en contrat local, ces charges supplémentaires immédiates seront établies au cas par cas, indépendamment de l’effectif en personnel concerné par cette mesure et se traduiront donc mécaniquement par une augmentation des charges pour les établissements.

Cette pression accrue sur les frais de scolarité est d’autant plus sujette à contestation que son application est annoncée comme applicable depuis janvier 2026, ce qui représente un véritable choc budgétaire pour les établissements en gestion directe, directement concernés par cette mesure, alors même que les frais de scolarité de l’année 2025-2026 sont déjà fixés et, normalement, immuables.

Quelles options pour le financement des pensions civils ?

Trois options s’offrent aux établissements concernés pour absorber le choc :

  • Une hausse différée des frais,
  • Un prélèvement sur les fonds de réserve,
  • Ou une réduction des investissements.

Un choix qui, selon les parents, revient à déplacer le problème sans le résoudre car il se résume en réalité à faire payer les familles ou à fragiliser l’avenir des établissements à moyen terme.

Une autre voie est-elle possible ? L’État pourrait-il revenir sur sa décision ? La réponse est dans les mains des 3 sénateurs en charge du dossier. Dans tous les cas, la solution est attendue avec fébrilité par les parents d’élèves mais aussi le réseau alors que les décisions quant aux inscriptions pour la rentrée de septembre 2026 vont bientôt devoir être prises.

Auteur/Autrice

  • Samir Kahred a suivi ses parents dont le père était ingénieur dans une succursale du groupe Bouygues. Après une scolarité au Lycée français et des études au Caire, il devient journaliste pour des médias locaux et correspond pour lesfrancais.press

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