« Acte VI »  : une mobilisation a minima mais des violences et dérapages

« Acte VI » : une mobilisation a minima mais des violences et dérapages

décembre 22, 2018 1 Par La rédaction

Les « gilets jaunes » ont de nouveau mobilisé dans toute la France pour un sixième samedi d’affilée. Le ministère de l’intérieur a comptabilisé 38 600 manifestants en France à 18 heures contre 66 000 samedi dernier.

A trois jours de Noël, les « gilets jaunes » comptaient de nouveau mobiliser leurs troupes dans toute la France pour un sixième samedi d’affilée de manifestations. Mais la fronde marque le pas. Le ministère de l’intérieur a comptabilisé 38 600 manifestants en France à 18 heures contre 66 000 samedi dernier.

Dans la journée, cent neuf personnes ont été interpellées et sept placées en garde à vue lors des manifestations des « gilets jaunes » samedi, à Paris, dont Eric Drouet, un de leurs premiers meneurs, selon un décompte fourni par la préfecture dans l’après-midi. Leur objet, pour la plupart : « des attroupements en vue de commettre des violences », a précisé la police à l’Agence France-presse (AFP).

En début de matinée, un appel avait été lancé sur la page Facebook d’Eric Drouet pour aller sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement, où 200 « gilets jaunes » se sont rassemblés avant de partir non loin des grands magasins, dans une ambiance parfois tendue, selon une journaliste de l’AFP. « Paris dans la rue ! », les entendait-on scander. Ce dernier a été arrêté par la police et mis en garde à vue. Eric Drouet, 33 ans, un chauffeur routier de Melun (Seine-et-Marne), est l’une des voix qui ont nourri la contestation. Il a été arrêté peu après 14 heures rue Vignon, dans le quartier de la Madeleine, au milieu de quelques dizaines de manifestants. Sa page Facebook, créée mi-octobre, appelant au « blocage national contre la hausse des carburants », avait été rapidement suivie par des dizaines de milliers de personnes, amorçant la mobilisation nationale du 17 novembre, l’« acte I » du mouvement. C’est lui qui avait appelé les « gilets jaunes » à manifester à Versailles ce samedi, avant de lancer sur Facebook dans la matinée un appel à se rassembler plutôt à Montmartre.

Un seul rassemblement avait été déclaré à la préfecture de police de Paris, à partir de 14 heures sur la place de la République, à l’appel du collectif Les Sans Etiquettes.

Sur les Champs-Elysées, une vingtaine de « gilets jaunes » seulement étaient présents le matin en haut de l’avenue, en face de l’arc de Triomphe, a constaté l’AFP. Contrairement aux cinq samedis précédents, la circulation était possible également place de la Concorde. Les cafés et restaurants ont déployé normalement leurs terrasses et la quasi-totalité des magasins exhibait leur vitrine. Seules quelques boutiques de luxe sont restées fermées.

Versailles au calme – Montmartre agité

Situation calme également à Versailles, où plusieurs milliers de personnes s’étaient déclarées « intéressées » par une manifestation organisée entre autres par Eric Drouet, sur l’avenue de Paris, juste en face du château. Une soixantaine de « gilets jaunes » seulement se trouvaient sur l’avenue vers midi, au milieu d’un important dispositif policier, selon l’AFP. Par crainte de débordements, le domaine et le château de Versailles, visités par des millions de personnes chaque année, ont été fermés « de manière préventive ».

« Un dispositif de sécurité proportionné et adapté sera mis en place »,privilégiant la « mobilité et la réactivité », avait affirmé, de son côté, le ministère de l’intérieur sans préciser le nombre de forces mobilisées. La semaine dernière, 69 000 membres des forces de l’ordre environ avaient été déployés, dont 8 000 à Paris, appuyés par des véhicules blindés à roues de la gendarmerie qui seront à nouveau mobilisés samedi, avait fait savoir la Place Beauvau. Ils devaient être « positionnés » en province, à Toulouse, Bordeaux et dans les Bouches-du-Rhône, et « en alerte » à Paris. Dans la capitale, toutes les stations de métro qui desservent les Champs-Elysées étaient fermées, tout comme la station Miromesnil, non loin du ministère de l’intérieur et de l’Elysée.

Violences en Province et à Paris

Trois motards de la police ont été brièvement pris à partie samedi sur les Champs-Elysées par des manifestants qui leur ont notamment jeté des pavés et des trottinettes, lors de la manifestation à Paris des « gilets jaunes« , selon des images vidéo que se sont procurées l’AFP et selon la préfecture de police.

La scène, d’une durée d’environ une minute, s’est déroulée au croisement de l’avenue George V et des Champs-Elysées, en fin de journée alors que les forces de l’ordre évacuaient progressivement les Champs.

Les policiers ont été pris à partie par une vingtaine de personnes au moment où ils tentaient de remonter sur leur moto, dont l’une se trouvait à terre. Les manifestants leur ont alors notamment jeté deux trottinettes, des pavés et des pots de fleurs.

Un policier a sorti son arme

De leur côté les policiers ont répliqué avec une bombe lacrymogène, leur matraque ou en donnant des coups de pieds à certains agresseurs. L’un des policiers a aussi dégainé son pistolet en le pointant sur un manifestant, avant de le remettre rapidement dans son étui.

Les motards, membres de la Compagnie de Sécurisation et d’intervention (CSI), ont réussi à repartir sur deux motos, la troisième restant couchée à terre, avant que d’autres policiers ne viennent la récupérer peu après.

Selon la préfecture de police, un motard « qui avait été appelé sur un mouvement de foule, a été pris à partie, jeté à terre avec sa moto. Il s’est dégagé. La moto est endommagée mais pas abandonnée« . La préfecture a ajouté qu’il n’y avait pas eu d’interpellation.

« Nos forces de l’ordre ont été odieusement prises pour cible par des individus face auxquels elles ont réagi avec sang-froid et professionnalisme« , a estimé le secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez dans un tweet.

Auvergne-Rhône-Alpes

En Isère, les « gilets jaunes » étaient entre 200 et 300 rassemblés à proximité du péage de Voreppe samedi matin, rapporte France Bleu Isère. Les forces de l’ordre sont intervenues et les manifestants disent avoir reçus des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement, sans sommation. Un gilet jaune aurait été légèrement blessé au pied.

À Lyon, les accès du centre commercial Confluence ont été bloqués en milieu d’après-midi, après le passage d’une cinquantaine de « gilets jaunes », selon France 3 Rhône-Alpes. Aucun dégât à déplorer mais de nombreux clients enfermés à l’interieur. Les manifestants se dirigents vers la Place Bellecour et appellent à une action sans violence. « Ambiance lacrymo et très tendue sur le cours Garibaldi. Débuts d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Les « gilets jaunes » veulent atteindre le centre commercial de la Part-Dieu » rapporte France 3.

En Pays de Savoie, plusieurs opérations « escargot » ou « péage gratuit » ont été organisées sur la route des stations de ski. La situation commençait à se fluidifier à la mi-journée. En début de journée, des poids lourds ont été retenus avant de passer le tunnel du Mont-Blanc par les « gilets jaunes ».

Bretagne

La rocade rennaise est totalement bloquée cet après-midi par les gilets jaunes au niveau du Leclerc Cleunay et Porte de Lorient. Dans la matinée, une cinquantaine de gilets jaunes s’étaient regroupés à Pacé, rejoints par une centaine de véhicules de Saint Brieuc.

Dans le Finistère les « gilets jaunes » de tout le département étaient appelés à manifester à Quimper cet après-midi. Ils étaient environ 500 selon France Bleu Breizh Izel, qui rapporte qu’une partie d’entre eux est partie en cortège depuis le parc des expositions vers le centre-ville, accompagnés d’une trentaine de motards. ils ont rejoint l’autre moitié devant la préfecture du Finistère où un important dispositif policier a été déployé.

Centre-Val-de-Loire

À Tours, 200 à 300 « gilets jaunes » ont bloqué la place Jean-Jaurès. Le tram était bloqué et la circulation ralentie, rapporte France Bleu Touraine.

Grand-Est

À Strasbourg, les forces de l’ordre ont délogé une centaine de « gilets jaunes » rassemblés depuis 7h du matin au pont de l’Europe, à la frontière allemande, rapporte France Bleu Alsace. Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue à la suite du blocage où un policier a été blessé par un jet de projectile. La circulation revenait progressivement à la normale en milieu de matinée, après avoir été totalement interrompue en direction de l’Allemagne en raison de barricades. La circulation est fluide dans le sens Allemange/France. Les manifestants se sont déplacés à Gambsheim, au nord de Strasbourg, pour continuer de bloquer la frontière.

À Nancy, au moins cinq personnes ont été interpellées indique la préfecture de Meurthe-et-Moselle, des personnes ayant fait usage de frondes ou tiré des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué par des gaz lacrymogènes, notamment place Stanislas. Des agitateurs « en dehors » du mouvement des gilets jaunes, selon la préfecture. Un policier a été légèrement blessé et une voiture de police municipale dégradée, rapporte France Bleu Sud Lorraine. Pour le troisième week-end d’affilée, des centaines de manifestants s’étaient donné rendez-vous en centre-ville, et on défilé de manière désordonnée.

Hauts-de-France

À Amiens, l’ambiance s’est tendue ce samedi après-midi. « Après un premier cortège qui s’est dispersé dans le calme, un deuxième est marqué par des tensions avec les crs qui ont fait usage de gaz lacrymogène » explique France Bleu Picardie. Des manifestants ont renversé du mobilier urbain ou de chantier sur leur passage. Par exemple devant la gare et dans le quartier Saint-Leu. Des feux de poubelles sont aussi à déplorer.

Normandie

L’A16 est rouverte dans les deux sens, constate France Bleu Nord. 200 gilets jaunes avaient investi l’autoroute ce samedi matin, à hauteur de l’échangeur 51. L’A16 était coupée dans les deux sens depuis 10h ce matin. Au Touquet, plusieurs dizaines de manifestants ont défilé dans les rues ce matin, jusqu’à la maison de Brigitte et d’Emmanuel Macron. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène contre des manifestants qui tentaient de forcer le dispositif policier.

À Caen, le périphérique de la ville est en partie bloqué. « Depuis le début de l’après-midi, des manifestations violentes ont lieu sur la porte d’Espagne » explique la préfecture.

Pays de la Loire

À Laval, une soixantaine de « gilets jaunes » s’est rassemblée devant la mairie dans la matinée, a constaté France Bleu Mayenne. D’autres défilent dans les rues et se dirigent vers la préfecture.

Nouvelle-Aquitaine

Les « gilets jaunes » manifestaient samedi matin à la frontière espagnole au niveau du péage du Biriatou sur l’A63. A 7h30, il restait 6 km de bouchon dans le sens Nord-Sud, selon les informations de France Bleu Pays-Basque. Les gendarmes ont commencé l’évacuation. L’autoroute est coupée en direction du sud, sortie obligatoire des véhicules et entrée interdite au niveau de Saint Jean-de-Luz-Sud. Sortie conseillée à Saint-Jean-de-Luz-Nord.

À Pau, plusieurs centaines de gilets jaunes étaient mobilisés pour le sixième samedi du mouvement. Ils ont mené une opération escargot en périphérie de Pau, avant de passer en centre-ville. Ils ont repris l’opération en début d’après-midi.

À Bordeaux, 2 500 « gilets jaunes », soit presque deux fois mois que le weekend dernier, ont défilé dans le centre-ville, rapporte France Bleu Gironde, avant de s’arrêter place Pey-Berland, théâtre des premières tensions. « Jets de projectiles d’un côté, réponse des forces de l’ordre qui ont utilisé le canon à eau et des gaz lacrymogènes » explique France Bleu.

Occitanie

Le sous-préfet des Pyrénées-Orientales, Gilles Giuliani, a vu sa voiture cailliassée, a-t-il raconté samedi à franceinfo, alors qu’il était en visite près de la barrière de péage du Boulou à la frontière franco-espagnole, bloquée une partie de la journée. Des centaines de camions étaient toujours bloqués à 16h30 des deux côtés du péage, au sud de Perpignan après des affrontements à la mi-journée entre des manifestants et les forces de l’ordre.

Les échangeurs de Narbonne Sud (n°38) et Agde (n°34) restaient fermés samedi en entrée comme en sortie suite aux importantes dégradations et actes de vandalismes subis lors des manifestations.

À Toulouse les forces de l’ordre ont interpellé 9 individus et affirme avoir repéré une centaine de casseurs parmi les manifestants. Un hélicoptère et deux canons à eau ont été déployés. À 17h, les manifestants s’affrontaient au niveau de la place d’Esquirol : « tout le quartier est noyé sous un nuage de lacrymogènes » rapporte France Bleu Occitanie. Des petits groupes de « gilets jaunes » se déplacent dans le centre ville, parfois dispersés par forces de l’ordre. Une armoire électrique a été incendiée rue Remusat. Des gaz lacrymogènes ont été tirés place du Capitole. 2 500 personnes étaient présentes au plus fort de la manifestation, selon la préfecture.

La gare de Nîmes a été évacuée aux alentours de 17h30, rapporte France Bleu Gard Lozère, qui explique que « les gendarmes mobiles sont à l’intérieur en raison d’une action des gilets jaunes ». « Le trafic a dû être interrompu dans les deux sens de circulation » confirme la SNCF. Des « gilets jaunes » auraient investi les voies. Auparavant, plusieurs centaines de manifestants avaient défilé dans le centre-ville et devant la préfecture du Gard.

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Les « gilets jaunes » bloquent toujours les camions au niveau du péage de la Turbie, dans le sens Monaco-Nice, selon France 3 Alpes-maritimes. Ils laissent passer les voitures mais le bouchon remonte jusqu’au niveau de Roquebrune-Cap-Martin. À Antibes, l’entrée de l’autoroute A8 est toujours fermée ce dimanche matin.

Gilets Jaunes aux frontières

Dans la nuit de vendredi à samedi, un automobiliste est mort après avoir percuté un camion bloqué à un barrage filtrant de « gilets jaunes », à l’entrée d’autoroute de Perpignan-sud, a déclaré le procureur de Perpignan, Jean-Jacques Fagni. Il a précisé que la plupart des manifestants présents lors de l’accident s’étaient enfuis. Une enquête de flagrance a été ouverte pour « homicide involontaire aggravé et entrave à la circulation ».

Plus de 300 « gilets jaunes » bloquaient depuis samedi matin une bretelle d’autoroute au niveau du Boulou, près de la frontière espagnole, refusant de baisser les bras plus d’un mois après le début de leur mobilisation, a constaté l’AFP. « Le roi Macron donne des miettes aux gueux », « Le mépris ça suffit », pouvait-on lire sur leurs banderoles. Rassemblés depuis le début de la matinée, ils étaient encadrés par un cordon de gendarmes qui les empêchaient d’accéder au péage du Boulou. Au début de l’après-midi, les « gilets jaunes » et des dizaines de militants séparatistes catalans, vêtus eux aussi de gilets jaunes et brandissant le drapeau indépendantiste, ont été délogés par les forces de l’ordre, a indiqué à l’AFP la préfecture des Pyrénées-Orientales.

Les manifestants ont été chassés hors de l’autoroute à coups de gaz lacrymogènes et se sont massés sur un pont, jetant des objets sur l’axe routier, selon un photographe de l’AFP. « L’autoroute est en train d’être nettoyée pour permettre la reprise normale du trafic », a précisé la préfecture.

A la frontière belge les gilets jaunes wallon rejoignent les Français.

Des blocages ont également été signalés dans la nuit dans le Nord, sur les autoroutes A2 et A22, à la frontière belge. Selon Vinci Autoroutes, quelques entrées, sorties et barrières de péage sont encore fermées sur le réseau, notamment sur l’autoroute A7.

Dans le Sud-Est, la circulation sur l’autoroute au poste-frontière de Vintimille, dans les Alpes-Maritimes, a été bloquée dans les deux sens entre l’Italie et la France à cause d’un barrage érigé par quelque 200 manifestants, d’après l’AFP. Vers midi, le barrage est devenu filtrant pour les automobilistes mais les camions étaient toujours bloqués.

Et à Strasbourg, une centaine de « gilets jaunes » ont bloqué la route d’accès au pont de l’Europe, frontalier avec l’Allemagne, avant d’être délogés par les forces de l’ordre. La police a procédé à six interpellations.

Une équipe de BFM-TV et une journaliste du Progrès ont été prises à partie samedi matin à Saint-Chamond (Loire) par des « gilets jaunes » tandis qu’ils couvraient leur action de blocage de l’autoroute A47, a-t-on appris auprès de leurs rédactions.

Mobilisation  a minima

Depuis le pic du 17 novembre et les 282 000 manifestants recensés, la mobilisation est en baisse. Ils étaient 166 000 « gilets jaunes » à manifester le 24 novembre, 136 000 les 1er et 8 décembre, et 66 000 le 15 décembre. Le ministère de l’intérieur a décompté 3 680 « gilets jaunes » jeudi, soit l’étiage le plus bas depuis le début de ce mouvement né en réaction à une hausse prévue des taxes sur les carburants – que le gouvernement a depuis annulée.

Quelque 200 ronds-points font encore l’objet d’occupation et doivent être évacués, a aussi précisé une source proche du dossier.

Article réservé à nos abonn

Vendredi, le Parlement a donné son feu vert à des mesures d’urgence économiques et sociales : défiscalisation des heures supplémentaires, exonération élargie de hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) pour des retraités et possibilité pour les entreprises de verser une « prime exceptionnelle » de 1 000 euros, exonérée de toutes cotisations sociales et d’impôt sur le revenu, pour leurs salariés rémunérés jusqu’à 3 600 euros par mois.

Fabien Ferasson de Quental avec AFP (MAJ le 22/12/18 à 9h37 CET)

 

 

Publicités