A Davos, un monde sans loi s’impose ?

A Davos, un monde sans loi s’impose ?

C’est une station de sports d’hiver suisse, Davos, que se tient, chaque année, le Forum économique mondial ou FEM. Cette année, il est le théâtre d’un bras de fer inédit opposant l’Europe, menée par Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron, et les USA avec Donald Trump, en personne, à la manœuvre. On fait le point pour les Français de l’étranger sur ce nouveau monde qui émerge sous nos yeux !

Un séminaire pour milliardaires ?

Créé en 1971 par l’économiste allemand Klaus Schwab, le Forum est devenu une plateforme de coopération mondialement respectée, réunissant des dirigeants issus du monde des affaires, des gouvernements, des organisations internationales, de la société civile et du milieu universitaire afin de façonner les progrès sur les questions déterminantes de notre époque. Le FEM est géré par une fondation à but non lucratif et est financé par des grandes entreprises.

Mais c’est surtout un lieu d’échanges et de discussions informelles, qui permet de prendre le pouls de l’économie mondiale. L’événement doit accueillir environ 3 000 participants lors de son édition 2026, dont 850 grands patrons. Pour cette édition, le programme est organisé autour de cinq grandes thématiques, la géopolitique bien sûr, mais aussi les nouvelles sources de croissance avec un accent sur la technologie (les prix Nobel 2025 Philippe Aghion et Peter Howitt seront présents), les investissements dans la population (éducation, formation, santé), l’environnement, et l’intelligence artificielle.

Cependant, c’est bien la venue de Donald Trump mercredi qui volera la vedette à tous les grands patrons. En s’attaquant frontalement aux Nations unies avec la création d’un « Conseil de paix » et en menaçant huit pays européens de nouvelles taxes douanières en raison de leur opposition à ses projets d’annexion du Groenland, l’imprévisible président américain a une nouvelle fois mis le feu aux poudres. Les échanges en marge du Forum s’annoncent tendus.

Multilatéralisme VS impérialisme

Intervenant ce mardi au Forum économique mondial en Suisse, le président français, Emmanuel Macron a vivement critiqué la politique commerciale américaine, estimant qu’elle vise à « affaiblir et subordonner l’Europe ». Une déclaration qui intervient en réponse directe aux menaces de surtaxes douanières brandies par le président américain Donald Trump.

Le chef de l’État a dénoncé une « concurrence des États-Unis d’Amérique » reposant sur une stratégie commerciale agressive, fondée sur l’exigence de « concessions maximales ». Il a notamment évoqué l’instrument européen « anti-coercition », souvent qualifié de « bazooka » commercial, conçu pour répondre à des pressions économiques jugées abusives.

Emmanuel Macron à Davos ce 20 janvier 2026
Emmanuel Macron à Davos ce 20 janvier 2026 ©WEF

Dans un discours aux accents politiques marqués, Emmanuel Macron a opposé sa vision du multilatéralisme à celle de Washington.

« Je préfère le respect plutôt que les brutes, l’État de droit plutôt que la brutalité »

Il a ainsi rappelé l’attachement de la France et de l’Europe à la souveraineté nationale, à l’indépendance des États et au rôle central des Nations unies. Logiquement, il a également pris ses distances avec le projet américain de créer un nouveau « Conseil de paix » mondial, initiative portée par Donald Trump, estimant qu’elle s’inscrivait dans une logique unilatérale.

Le Groenland au cœur des tensions mondiales

Qui l’aurait cru ? Cette île (la plus grande du monde) perchée tout au nord de notre planète va peut-être faire exploser une alliance vieille de plus d’un siècle. En effet, Le président américain veut s’emparer de ce territoire autonome appartenant au Danemark, invoquant des motifs de sécurité face aux Russes et aux Chinois. Un sujet qui braque ses alliés européens au sein de l’Otan et qu’il a néanmoins imposé à l’ordre de jour de la réunion annuelle du Forum économique mondial.

En réponse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président français, Emmanuel Macron, ont haussé le ton mardi dans la station suisse face aux menaces répétées sur le Groenland de Donald Trump.

« Nous plonger dans une spirale descendante ne ferait qu'avantager les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l'écart. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnelle »

Plus tard dans la journée, Emmanuel Macron a appelé l’UE à « utiliser » les outils « très puissants » dont elle dispose en matière commerciale quand elle « n’est pas respectée« . Message reçu à Bruxelles, le Parlement européen a gelé la ratification de l’accord commercial, conclu le 27 juillet 2025, avec les États-Unis. Ce texte devait réglementer les droits de douane sur les produits européens exportés aux États-Unis, dont la plupart devaient être taxés à hauteur de 15%. Les groupes politiques ont annoncé geler cette ratification suite aux menaces de Donald Trump d’augmenter les droits de douane si les Européens s’opposaient à l’annexion du Groenland.

Ursula von der Leyen au Forum économique de Davos
Ursula von der Leyen au Forum économique de Davos ©AFP

Une position que partagent de nombreux participants au FEM comme Mark Carney, Premier ministre du Canada, qui apporte, lui aussi, son soutien « ferme » au Groenland et au Danemark, soulignant « leur droit unique » à décider de l’avenir de cette grande île arctique.

Comme le déclarait Emmanuel Macron, lors de son discours au Forum économique de Davos, « nous passons à un monde sans lois, un monde où la loi n’est plus celle que nous connaissons mais devient celle du plus fort ».

En fin de journée, Emmanuel Macron est allé jusqu’à remettre en cause le caractère d’allié des États-Unis quand RTL lui a posé la question.

« C'est à lui d'apporter la réponse. Ce ne sont pas tout à fait des comportements qui vont avec cette qualification »

On attend désormais la réponse du président américain qui devrait se rendre à Paris jeudi.

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