À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, Lesfrancais.press ouvre ses colonnes à deux tribunes. Au-delà de la libre expression offerte aux personnes impliquées, cette initiative vise à partager les expériences vécues par des femmes françaises, qu’elles résident sur le territoire national ou à l’étranger.
Nous publions ci-dessous le texte transmis par Martha Peciña, formatrice et experte en égalité femmes-hommes et en prévention des violences sexuelles au travail, candidate LFI à l’élection législative partielle de la 5ème circonscription des Françaises et Français de l’étranger en 2025.
Pour lire la seconde tribune signée par Mélanie Vogel, sénatrice Les Écologistes représentant les Françaises et les Français établis hors de France, cliquez ici.
Françaises de tous les pays, unissez-vous !
Par Martha Peciña, formatrice et experte en égalité femmes-hommes et en prévention des violences sexuelles au travail, candidate LFI à l’élection législative partielle de la 5ème circonscription des Françaises et Français de l’étranger en 2025.
Parmi les problématiques qui touchent les Françaises et les Français de l’étranger, les inégalités entre les femmes et les hommes est l’injustice la plus criante et évidente, mais l’on évite soigneusement de l’aborder, car elle touche aux fondations de la famille au sein du système patriarcal.
Rappel des chiffres de la situation globale des Français·es de l’étranger :
Parmi les 3 millions de Français·es estimé·es par le ministère des Affaires étrangères au 31 décembre 2025, il recense 50 % de femmes. Cette parité apparente masque des inégalités sociales et économiques exacerbées par rapport à la situation nationale.
Selon le baromètre Expat Communication de 2019, 90 % des projets de mobilité internationale sont initiés par des carrières masculines. Et même lorsqu’ils sont “conjoints accompagnateurs”, les hommes bénéficient davantage d’opportunités professionnelles : 60% des hommes travaillent, contre seulement 48 % des femmes.
Française de l’étranger depuis plus de 15 ans (à Cuba, puis aux Etats-Unis, et enfin en Espagne), je ne compte plus les femmes rencontrées aux parcours universitaires brillants et aux débuts de carrière professionnelle prometteurs qui avaient mis leur carrière en pause durant leur expatriation. Les barrières de la langue, l’absence d’homologation des diplômes et des formations rendent souvent très compliqué de retrouver un travail équivalent à son niveau en France. Le rêve des opportunités et de la réussite professionnelle lié à l’expatriation semble donc être un privilège réservé aux hommes.
Pourtant, les Françaises de l’étranger contribuent tout autant à jouer un rôle pivot au sein de la société et la collectivité, en assurant l’éducation de leurs enfants, notamment dans les pays qui ne proposent pas d’alternative publique de garde jusqu’à l’arrivée en maternelle, ou en faisant vivre le tissu associatif local et des communautés françaises à travers le monde. Mais ces activités, qu’elles soient subies ou choisies, ne sont pas rétribuées à leur juste valeur car elles sont généralement bénévoles, et cela entraîne des conséquences directes pour les Françaises de l’étranger :
Elles sont et seront doublement plus impactées par la réforme des retraites, qui pénalise particulièrement les carrières hachées et les cotisations dans différents pays. Si les femmes touchent des pensions de retraite inférieures en moyenne de 38 % à celles des hommes en France, cet écart est encore exacerbé pour les Français·es de l’étranger.
Dépendantes financièrement de leur conjoint ou mari, isolées de leur famille et de leur entourage, privées dans certains pays d’aides sociales, elles sont particulièrement vulnérables aux violences conjugales et à des situations de précarité en cas de rupture de leur couple.
À Madrid, l’association de bienfaisance l’Entraide Française estime que 95 % de ses bénéficiaires sont des femmes et des enfants. Le cas de figure le plus fréquent est celui de femmes seules avec enfants se retrouvant sans ressources et sans logement à la suite d’une rupture.
Dans le cas des violences conjugales, l’Espagne offre un soutien et une protection intégrale aux victimes indépendamment de leur nationalité et statut légal. Mais la majorité des pays d’Europe et du monde sont défaillants dans les aides et garanties, et les victimes ne peuvent regagner la France avec leurs enfants tant qu’un jugement ne leur a pas confié la garde exclusive.
La France revendique une diplomatie féministe à l’international: qu’elle transforme ce slogan en action, par des mesures ambitieuses pour les Françaises de l’étranger :
- En donnant l’exemple par la promotion de la mobilité internationale des femmes au sein de ses institutions (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Lycées Français, Institut Français),
- En repensant l’homologation des diplômes et des démarches administratives d’adhésion de la sécurité sociale au sein de l’UE,
- En soutenant financièrement les associations francophones qui proposent un accompagnement dans la recherche d’emploi,
- En proposant un service de soutien juridique et une protection aux Françaises ou mères d’enfants Français victimes de violences conjugales, avec, à minima, un accompagnement psychologique et la mise en place de logements d’urgence, quelle que soit la juridiction de leur pays de résidence,
- En renforçant la coopération judiciaire internationale dans les cas de violences conjugales ou sur mineurs.
Malheureusement, les coupes budgétaires du ministère de l’Europe des Affaires étrangères fragilisent encore davantage le travail des services sociaux des consulats ainsi que des associations de bienfaisance et ne permettent pas la mise en œuvre d’une politique publique de soutien aux Françaises de l’étranger.
Sans une réelle volonté politique, la diplomatie féministe demeure une formule marketing des diplomates français·es.
Lorsqu’elle est réellement choisie et bien accompagnée, la mobilité internationale peut permettre d’accomplir des rêves, de s’ouvrir au monde et d’enrichir nos vies.
Unissons nos voix et nos revendications pour que celle-ci ne soit pas uniquement le privilège des hommes et de celles qui bénéficient d’une bonne situation financière.
Femmes françaises de tous les pays, quel que soit notre statut professionnel, civil ou financier, unissons-nous
Martha Peciña, formatrice et experte sur l’égalité femmes-hommes et la prévention des violences sexuelles au travail, candidate LFI à l’élection législative partielle de la 5e circo FDE en 2025
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Formatrice et experte en égalité femmes-hommes et en prévention des violences sexuelles au travail, candidate LFI à l’élection législative partielle de la 5ème circonscription des Françaises et Français de l’étranger en 2025.















