Le pic historique de l’aliyah depuis la France remonte à 2015, avec approximativement 7 900 départs. Cette année-là, les attentats jihadistes qui avaient frappé Paris, notamment ceux visant Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher et le Bataclan, avaient profondément marqué la communauté juive française. Par la suite, les départs s’étaient stabilisés autour de 2 500 personnes annuellement, avant de repartir à la hausse après les événements du 7 octobre. Mais en 2025, l’immigration depuis la France vers Israël a bondi de 45%, 3300 Français sont partis en Israël l’année dernière. On fait le point pour les Français de l’étranger.
La hausse de l’antisémitisme
« Dans des pays comme la France et le Royaume-Uni, où l’antisémitisme est en hausse, et parallèlement à l’action continue du ministère pour encourager l’aliyah, on enregistre une augmentation du nombre d’immigrants », a déclaré Ofir Sofer, ministre israélien de l’Immigration. Cette analyse ministérielle établit un lien direct entre la recrudescence des actes antisémites et les décisions d’immigration. Mais si les Français sont les plus nombreux, ce n’est pas parce que la France est le plus antisémite des pays européens, mais c’est parce qu’elle a en son sein la plus grande communauté juive d’Europe (la troisième au monde). La seule qui a vraiment perduré après la seconde guerre mondiale. D’autres pays, comme la Belgique ou l’Espagne, n’apportent aucun soutien à la communauté juive alors que l’État français déploie de grands efforts pour sécuriser les lieux de culte ou communautaires.
Pour autant, il ne faut pas balayer l’accusation du ministre israélien. En effet, entre janvier et mai 2025, les autorités ont comptabilisé 504 actes antisémites, soit une augmentation vertigineuse de 134% comparé à la même période en 2023. Ces chiffres témoignent d’une dégradation rapide de la situation sécuritaire pour la communauté juive française.

Russie, USA, France
Au cours de l’année 2025, Israël a accueilli environ 21 900 nouveaux immigrants venus de plus d’une centaine de nations. Dans ce tableau global, la Russie conserve la première place avec approximativement 8 300 arrivées, bien qu’elle enregistre un recul significatif de 57% sur douze mois. Les États-Unis occupent la deuxième position avec 3 500 nouveaux arrivants (olim), affichant une progression modeste de 5%.
La France se hisse à la troisième place avec 3 300 personnes ayant fait leur « aliyah », contre 2 228 l’année précédente. Cette progression de plus de 45% illustre une dynamique particulière chez les juifs français, qui représentent désormais un contingent majeur dans les flux migratoires vers l’État hébraïque.
Quelle vie pour les Français en Israël ?
Si à chaque crise, les Français de confession juive tentent l’aventure du retour en terre promise, ils sont, aussi, nombreux à revenir. Si aucune statistique officielle n’existe (le sujet est tabou), on considère de 30% des Français reviennent sous 5 ans.
Pour les professionnels, l’État hébreu a été « pris de court par l’ampleur de la vague migratoire française », sans précédent depuis 2013, l’année qui a suivi le massacre perpétré par Mohammed Merah dans une école juive à Toulouse. En effet, désormais les Français représentent un gros contingent des nouveaux arrivants.
Si de nombreux olim français – surtout les plus jeunes, qui passent par le creuset social de l’armée – s’intègrent à la société israélienne, beaucoup n’y parviennent jamais. Ils galèrent, déboussolés par une administration dont ils ne comprennent pas le fonctionnement, une langue qu’ils peinent à assimiler, un système social moins protecteur que celui de la France, et des codes sociaux différents. Ainsi, au fil des mois, on voit des Français aux abois sombrer dans la dépression parce qu’ils n’ont pas d’emploi et que leurs économies fondent comme neige au soleil. Quant aux dossiers de couples qui se brisent et dont l’un des conjoints rentre en France en laissant l’autre sur place avec les enfants, on ne les compte plus selon les associations locales…

Pour d’autres, le séjour en Israël, leur a tout simplement permis de comprendre qu’ils étaient plus Français qu’ils ne le pensaient.
« En Israël, la République, la méritocratie et le principe d’égalité me manquaient. J’ai compris que j’aime beaucoup la France et les principes qui la guident. Les Français sont englués dans leur réalité, ils ne se rendent pas compte de leur chance »
Karine, ancienne Française installée en Israël
Ainsi, pour elle comme pour beaucoup, l’expérience israélienne a marqué un tournant identitaire et religieux. Et souvent à l’inverse de l’attendu, comme Alexandre (le prénom a été modifié), « très religieux avant de partir » et qui est revenu « complètement athée », par rejet envers « la politisation de la religion » et « le développement d’un discours mystique et messianique absurde » auquel ce médecin « n’adhérait plus du tout ».
En 2026, on compte 200 000 Français d’Israël, 600 000 Français peuvent prétendre à l’aliyah. Combien tenteront l’aventure ? Comment la France peut retenir ses enfants ? Comment Israël peut mieux intégrer ses nouveaux citoyens, qui à ce jour, se sentent souvent comme des citoyens de seconde zone ?
Écouter le podcast avec la députée des Français d’Israël publié le 22 septembre 2025
Auteur/Autrice
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Loic Pautou est un jeune Français parti en VIE au Vietnam et qui n'est jamais revenu. Propriétaire d'une agence de tourisme à Hanoï, il écrit aussi pour Lesfrancais.press et le Guide du Routard.
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