Le 23 avril sera célébré la journée mondiale du livre

Le 23 avril sera célébré la journée mondiale du livre

L’UNESCO célébrera le 23 avril la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Elle désignera à cette occasion la ville qui servira de porte-drapeau à cette action. Après Strasbourg en 2024 et Rio de Janeiro en 2025, C’est Rabat qui sera cette année la capitale du livre pour l’année à venir. Au-delà de cette date marquée dans l’agenda de nombreux professionnels, la question de la promotion du livre se pose à l’heure du changement des habitudes de lecture et devant le développement de l’intelligence artificielle.

Une date symbolique de l’histoire littéraire

C’est un clin d’œil de l’histoire littéraire. William Shakespeare serait né et mort un 23 avril. Si la date précise de sa naissance est encore débattue, et qu’il est né « vers » le 23 avril 1564 mais baptisé le 25, la date de sa mort est, quant à elle, sans équivoque : le dramaturge et poète britannique s’est éteint le 23 avril 1616 à l’âge de 52 ans. Hasard absolu de l’histoire littéraire, le grand Miguel de Cervantes est enterré ce même 23 avril 1616 à Madrid. 

« La lecture, moyen privilégié d’accéder à une plus grande conscience »

Deux des plus grands romanciers de l’humanité ont disparu à la même date. Il n’en fallait pas plus pour que l’UNESCO ne célèbre à travers eux les livres et les auteurs. C’est la conférence générale de l’organisation internationale à Paris en 1995 qui instaure le 23 avril pour encourager la lecture, soutenir les auteurs et les éditeurs et défendre le droit d’auteur à l’échelle mondiale Si le livre et les auteurs sont à défendre c’est parce qu’ils sont confrontés à des risques et des menaces diffuses.

Redonner le goût de la lecture plaisir

L’UNESCO en a fait le calcul : Aujourd’hui le taux d’alphabétisation de l’humanité est compris entre 86 et 88 pour-cent. Le fait de savoir lire a connu une progression majeure ces 50 dernières années. Il était de seulement 68 pour-cent en 1979. Les progrès de la scolarisation et de l’accès à l’éducation en général ont provoqué un fort recul de l’illettrisme dans le monde.

William Shakespeare
William Shakespeare

Mais si en quantité le nombre de lecteurs progresse, les habitudes de lectures subissent hélas un recul. En ce qui concerne notamment la jeunesse, la tendance est particulièrement préoccupante. Seulement 1 jeune sur 3 déclare aimer lire aujourd’hui et 1 sur 5 fait de la lecture quotidienne une habitude. C’est le niveau le plus bas d’intérêt pour la lecture « plaisir » depuis 20 ans. La concurrence des écrans est redoutable qui pèse sur la fragmentation de l’attention. Les habitudes de lecture s’orientent davantage vers les contenus numériques (vidéos ou posts) et les formats courts. Et la lecture papier est souvent perçue comme une contrainte impliquant un recul du livre comme figure centrale de la culture. Le temps de lecture longue qui implique concentration et disponibilité de l’esprit s’amenuise face aux contenus plus courts et fragmentés. Difficile de lutter contre les shoots de dopamine qui sont générés par des applications ou du contenu numérique hautement addictif.

Dans le réseau de coopération culturelle formé par les Alliances et les Instituts français à l’étranger, une place de choix est consacrée à la promotion du livre. Si les médiathèques proposent aussi du format numérique, le livre imprimé reste le produit phare mis en avant par les équipes de bibliothécaires et autres chargés de la promotion de l’écrit. Pour des générations d’apprenants qui découvrent le français grâce aux cours organisés par ce réseau, la médiathèque est le lieu de familiarisation avec le plaisir de lire en français où l’on peut trouver un moment de calme loin de l’agitation de l’époque.

« Les lecteurs en ont ras-le-bol des réseaux sociaux…Ils viennent à la médiathèque pour avoir des expériences réelles avec leurs semblables ! »

A l’institut français de Rabat, le 25 avril sera ainsi consacré à une journée portes ouvertes à la médiathèque. À l’occasion de la désignation de cette ville du Maroc comme Capitale mondiale du livre par l’UNESCO en 2026, la médiathèque organise ainsi une journée festive et conviviale pour célébrer le livre, la lecture et l’imaginaire collectif avec au programme  des jeux-concours et prix à gagner, des activités pour lire ensemble et échanger autour de la lecture et de la littérature.

Dans l’hexagone c’est la politique de prix unique du livre (dite loi Lang, 1981) qui est la pierre angulaire de la politique de promotion du livre, assise aussi sur un réseau dense de 3000 librairies indépendantes. Le soutien aux auteurs et éditeurs se fait via le Centre national du livre et ses aides à l’écriture, bourses et autres programmes de soutien à la traduction et à l’édition.

La promotion du livre comme élément phare de notre diplomatie culturelle

A l’étranger, ce sont 400 médiathèques françaises, dans 160 pays, qui permettent l’accès au livre en français, réparties entre les Alliances françaises et les Instituts français dans notre réseau culturel mondial.  Au coeur de la diplomatie culturelle française, la promotion du livre en français et des auteurs francophones s’appuie également sur des programmes structurants : 

Les résidences d’auteurs sont encouragées par de nombreux instituts. La structuration du réseau des « Villa(s) Albertine » aux Etats-Unis, dans sept villes emblématiques de la culture aux USA (New-York, Los Angeles, Chicago…) témoigne ainsi de cette volonté récente de catalyser les talents d’écrivains, de journalistes ou de cinéastes, pour donner  naissance ou finaliser des projets d’écriture sur le temps court de 1 à 3 mois. Il s’agit aussi d’insérer la France dans les circuits d’influence américain et d’aller vers une co-création. Un contre-pied de la logique antérieure qui voyait la France être parfois accusée de vision trop verticale et d’une diffusion trop descendante de sa culture notamment écrite.

Journée mondiale du livre
Image d'illustration

Le programme d’aide à la publication (PAP) piloté par l’institut français de Paris est également un outil clé de soutien à la traduction. Le Programme soutient l’implication des maisons d’édition étrangères qui mènent une politique de publication de titres traduits du français, rendant ainsi possible l’accès d’un public non francophone à la création et la pensée française contemporaine. 285 projets de traduction auront été soutenus en 2025 dans 45 langues différentes. 42 % des œuvres traduites sont des fictions. Et Les œuvres Jacaranda de Gaël Faye et Houris de Kamel Daoud auront été les titres plus demandés par les maisons d’édition étrangères en 2025.

Nous avons pu interroger un des professionnels du livre qui possède une longue expérience à l’étranger : Frédéric Constant, vendéen d’origine, est un bibliothécaire qui dirige la médiathèque de l’institut français de Pologne. Chargé du livre il organise conférences et évènements avec l’équipe de l’institut pour faire rayonner le livre et les auteurs francophones à Varsovie.

« Il faut cesser de faire du livre, de la littérature et de la lecture des totems intimidants, paralysants »

La lecture : espace de liberté

Lesfrancais.press : « En tant que professionnel de la promotion du livre et pour célébrer ce 25 avril de façon positive, quelles sont vos recettes pour redonner le goût de la lecture ? »

Frédéric Constant : « Pour redonner le goût de la lecture en médiathèque, il faut d’abord ne pas se payer de mots ! Les slogans sur les vertus de la lecture à titre personnel et collectif, relayés par diverses campagnes, ne sont pas faux, mais ce ne sont que des slogans. L’important, c’est d’agir au quotidien, en profondeur et sur le long terme. Et de faire preuve d’humilité. Oui, la lecture est un moyen privilégié d’accéder à une plus grande conscience, à une plus grande liberté intérieure ; mais après tout, ce n’est pas la seule… et notre travail de bibliothécaire consiste, je crois, à partir du vécu des personnes que nous avons l’honneur de servir et souvent d’accompagner.

« Le bibliothécaire propose, essaie, se trompe parfois, corrige, accompagne, discute, échange. »

Cela suppose de ne pas les culpabiliser : une règle qui peut sembler évidente mais que notre propre vécu de lecteur (grand lecteur a priori) et notre inconscient peuvent nous faire enfreindre. Veiller à la diversité des genres littéraires et des opinions representées est selon moi la première des politesses dues aux usagers. Et après on bâtit sur ça ! On bâtit des ponts pour les faire traverser à nos lecteurs, s’ils le souhaitent : des ponts vers d’autres genres, ne serait-ce qu’en plaçant astucieusement les livres, pour ma part, j’aime bien les mélanger !, vers d’autres auteurs, notamment par le biais des clubs de lecture (le bien-nommé « Bouche-à-oreille » dans notre cas) et des rencontres littéraires ; mais aussi vers d’autres lecteurs ! »

La bibliothèque : lieu de vie du livre

Lesfrancais.press : « Comment voyez-vous le rôle des bibliothèques dans les cités d’aujourd’hui ? »

Frédéric Constant : « Les expériences de « bibliothèques tiers-lieux » très populaires en Scandinavie, désormais en France, et de plus en plus en Pologne, sont la preuve vivante que les bibliothèques peuvent, sans se payer de mots et à condition d’y consacrer les moyens nécessaires, constituer le cœur vivant de nos cités, et de la Cité.

Frédéric Constant, directeur de la médiathèque de l’institut français de Pologne
Frédéric Constant, directeur de la médiathèque de l’institut français de Pologne

Pour y parvenir, en particulier auprès des plus jeunes que les réseaux sociaux ont appris à ne pas s’en laisser compter, il faut cesser de faire du livre, de la littérature et de la lecture des totems (intimidants, voire paralysants) tout en préservant et en valorisant le caractère particulier des expériences qu’ils peuvent nous faire vivre. Voilà une ligne de crête tout aussi difficile que passionnante à suivre ! »

Lesfrancais.press : « Et ce métier passion de bibliothécaire, comment le définir ? »

Frédéric Constant : « Cela se fait au quotidien, sans esbroufe : le bibliothécaire propose, essaie, se trompe parfois, corrige, accompagne, discute, échange. À l’heure des réseaux sociaux et de l’IA, il nous faut plus que jamais valoriser le caractère humain que constituent aussi bien notre métier que le fait de fréquenter une bibliothèque en tant que lecteur. C’est là notre différence, notre plus-value ! C’est ce qu’il nous faut nourrir, persuadés que rien n’est perdu. Et des évolutions importantes sont là pour en témoigner. À titre d’exemple : la hausse de la fréquentation de notre médiathèque par les hommes. Alors qu’ils représentaient 25 % de notre lectorat dans les décennies 2000 et 2010, ils sont désormais 35 % ! Nombreux à venir s’installer pour lire calmement dans l’après-midi ».

L’équipe Lesfrancais.press souhaite une belle journée mondiale du livre à toutes et à tous les lectrices et lecteurs.

Auteur/Autrice

  • Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.

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