2019, l’année de la banqueroute ?

2019, l’année de la banqueroute ?

décembre 20, 2018 0 Par Fabien Ferasson

Donald Trump a l’expérience de la banqueroute. Ses casinos ont fait faillite quatre fois. Il considère qu’il s’agit d’un mode de gestion. Ne disait-il pas  avant son élection : «  Ce pays a 19.000 milliards de dollars de dettes. Il a besoin d’un homme comme moi. ». Avec lui, la dette dépasse déjà 21.000 milliards de dollars. Il peut, comme Barack Obama avant lui, doubler le montant de la dette publique, qui atteint désormais 118% du PIB, record historique pour les Etats-Unis. 118%, c’est presque le ratio de l’Italie, sauf que le ratio américain monte en flèche. Baisse d’impôts, augmentation des dépenses publiques, Trump creuse le déficit avec ténacité. Le New York Times s’inquiète. La Réserve fédérale aussi, qui augmente ses taux. En un an, le déficit budgétaire américain devrait passer à 1500 milliards de dollars contre 1200 milliards l’an dernier. Par comparaison, c’est, proportionnellement à la population, quatre fois le déficit français, jugé excessif. Trump dit parier sur la croissance. C’est vrai : la croissance américaine est dopée par les baisses d’impôts. Mais cela fait maintenant neuf ans que les Etats-Unis sont en croissance, un cycle long, et la croissance de la dette est toujours plus forte que la croissance de la richesse nationale. Cherchez l’erreur. Un ralentissement et les rentrées fiscales baissent, la dette explose.

Et le Monde avec ? Possible. 1929, 2008 rappelle que l’économie mondiale vit au rythme de l’économie américaine. Au delà des Etats-Unis, il y a aussi l’explosion des dettes mondiales, justement dans le sillage du modèle américain. Tout se passe comme si certains -et en premier lieu Trump- avaient décidé de ne pas se préoccuper des dettes. A un moment, tout se solderait dans un grand marchandage d’annulations. Comme pour les casinos, un Trump négociera avec ses créanciers. Le premier créancier des Etats-Unis n’est-il pas la Chine ? Je te tiens, tu me tiens … Les Chinois devront négocier ou les Etats-Unis n’achèteront plus rien. Vraiment ? Problème : Bien avant la Chine, les premiers créanciers sont les particuliers américains. Qui leur dira que leur épargne ne vaut plus rien ?

Impossible. La banqueroute n’arrivera pas. Mais la crise forcément. Les bulles éclateront. Pourra-t-il y avoir des coupes dans les budgets sociaux ? Dans les dépenses militaires ? Des hausses d’impôts ? Personne ne sait jusqu’au peut aller la folie de l’emprunt et de l’argent facile. Plus personne ne comprend rien aux montagnes de créances accumulées. Chacun sait en revanche qu’à un moment, cela s’arrête. Et que plus on tarde, plus le choc est violent.

Dans cette perspective, compte tenu du fait que la dernière crise date de dix ans, il est plus que probable que la prochaine arrivera bientôt. L’Europe n’est pas si mal préparée. Mais elle a ses maillons faibles, comme l’Italie et désormais la France.

Il faut ajouter que généralement les crises en produisent d’autres, parfois de nature différente. Combien de gouvernements ont cherché des dérivatifs dans des aventures extérieures ? Le coupable, c’est toujours l’autre. Là encore, l’Europe n’est pas si mal partie. Car les cartes des conflits se sont déportées dans le Pacifique et en Asie.

A une condition, qui vaut pour l’économie et les finances comme pour la diplomatie : que l’Europe soit unie, au moins la France et l’Allemagne, puisque le Royaume-Uni, hélas, a cru bon qu’il serait plus fort tout seul.

2019 risque donc d’être une année passionnante. Difficile et passionnante. Les Français qui vivent en dehors de France en seront les premiers avertis, car on ressent mieux les secousses au grand large que chez soi.

Bonne année 2019 ! Un signe positif : les crises ne sont pas prévisibles. Si tout se passe bien cette année, profitez-en. Si ça tangue, n’oubliez pas qu’en chinois crise se dit aussi chance. Alors bonne année et bonne chance !

Laurent Dominati
A. Ambassadeur de France

A. Député de Paris

Président du site LesFrancais.press

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